Ecrire ou mourirEtat d'âme

Porte Jaune. Cœur ouvert.

Ma petite fleur du passé. Je crois que les années l’ont brûlée. En regardant ailleurs, en pansant mes blessures et puis… avec le temps, avec beaucoup de temps, j’ai fini par la laisser faner, mais je l’ai gardé sous la poitrine. Impossible de m’en défaire, impossible d’en prendre soin. Il m’en reste juste un parfum de spleen en été, et lorsque les matins de grand froid rappliquent, l’amertume de mes fautes et de tout ce que j’ai raté. Et dire que je n’ai même pas un visage à mettre sur un sourire, je n’ai même pas le mauvais rôle. J’n’ai même pas de rôle.

J’aurais pu l’aimer, m’y accrocher. J’aurais pu me montrer plus combatif ou faire valoir mes droits, sauf que j’ai accepté. Manque de discernement au crédit d’une jeunesse cramée par les deux bouts. La tête broyée par une passion qui m’a tué debout, j’ai baissé les bras et les armes, je me suis fait une raison. J’ai respecté une décision qui ne venait pas de moi puisque je n’avais plus le cœur à ça, je n’avais le cœur à rien d’ailleurs. Parce que mon cœur, on venait de me le briser alors je l’ai gardé fermé et j’ai payé le prix du silence. Et ma petite fleur aussi, très certainement, souffre en silence.

La plupart du temps, je cache tout ça derrière le mot pardon afin de pouvoir mettre un pied devant l’autre. Les nuits d’angoisses, quand je suis seul face à moi-même, j’enrubanne mes regrets avec le mot fardeau pour pouvoir continuer de me regarder dans une glace. Autour de moi, ce n’est pas un secret, mais je n’aime pas en parler. Par pudeur, par honte, par habitude, je ne dis rien, je ne l’évoque jamais et pourtant… souvent je pense à lui, à ce qu’il fait, à ce qu’il est, à ce que je suis et ce que je ne serai jamais à ses yeux. Ma petite fleur du passé.

Je m’imaginais un parcours tout tracé, loin de moi. Une existence rangée autour d’un mensonge à mon propos. Une histoire qui vise à m’effacer, comme on raye de sa mémoire des erreurs qui font trop mal, et quelque part, je m’étais fait à l’idée. « Cet homme est un connard, il est sans doute mort – ne cherche pas à le revoir. » C’est ce qu’on a dit à mon sujet. C’est tout ce qu’on m’a laissé comme option avant de raccrocher et de me laisser dans un coin, anéanti, le cœur sec et l’âme coupée en deux pour toujours.

Je ne croyais pas la revoir, ma petite fleur du passé. Alors j’ai vécu comme ça, j’ai décidé de tenter la vie puisque quelqu’un avait décidé de m’ôter de la sienne. J’ai poussé comme j’ai pu, j’ai grandi, et j’ai goûté au bonheur d’une famille qui me porte à bout de bras. J’ai effleuré l’amour avant d’y plonger tout entier, et je crois que j’aime ça. Je l’ai fait avec une plaie que je n’ai jamais vraiment cachée, mais que personne n’a le droit de toucher. Je me suis construit avec cette ombre au tableau qui inspire des soupirs chez certains et des regards tantôt plaintifs ou compréhensifs chez d’autres. Mais il n’y a rien à comprendre, on ne peut pas me comprendre et puis c’est le genre de larmes qui ne se partagent pas. Bien sûr, je l’espérais mais je ne pensais pas recroiser ma fleur, pas comme ça. Pas des années après. Pas devant ma porte d’entrée.

Sauf que l’envie de connaître son père est plus forte que les mensonges d’une mère. Plus forte que le renoncement d’un géniteur qui a bâti quelque chose à côté. Ça vient de sonner, et elle est là, ma fleur du passé. Les racines en demande, des pétales qui ne souhaitent que des réponses, une graine d’espoir plantée sur le trottoir. Devant une porte jaune, à 9h00 tapante, devant mon cœur ouvert. Avant que je l’invite à entrer. Avant que mon fils devenu grand n’entende ma vérité.

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