L’appel
[br][br][br][br]
Son visage se détend peu à peu, les paupières s’assouplissent, ses lèvres s’entrouvrent légèrement, ce qui lui donne l’air d’une enfant apaisée dormant à poing fermé. Les épaules se relâchent, et la tête bascule légèrement sur le côté puis en arrière. La respiration est plus lente, plus posée, sa poitrine ondule paisiblement. Le ronronnement du train parti sans qu’elle ne le perçoive, les faibles mouvements du wagon, et les conversations des passagers la bercent doucement. Dans peu de temps, tout ce qui l’entoure n’aura plus aucun impact. Les rayons encore timides du soleil caressent son visage et elle s’enfonce dans un sommeil de plus en plus profond. La main avec laquelle elle tient fermement son téléphone se desserre doucement. Sur son visage que le train ballote légèrement défilent les ombres d’arbres, de panneaux et de poteaux qui se dressent le long de la voie ferrée.[br][br]
— 8 minutes 16[br][br]
Les yeux écarquillés, le souffle haletant, en nage, elle se redresse sur sa banquette et se lève d’un bond. Sans pouvoir se maîtriser, le compte à rebours qui défile dans sa tête l’obsède. Les secondes défilent et ça l’oppresse. Elle observe Rachel assise face à elle. Celle-ci semble s’être à son tour profondément endormie. Élise se précipite sur la fenêtre et inspecte l’horizon nerveusement.[br][br]
— Bébé ? !… Tu es sûr ? Putain où ça ?… J’vois rien !! [br][br]
Elle se rue sur la vitre opposée de la voiture et regarde en direction des coteaux du Pech qui surplombent la région.[br][br]
— Jaune ? Mais comment tu sais ? Où tu es ?…. Là-haut ? ![br][br]
Elle revient rapidement sur ses pas dans l’allée centrale et s’élance pour remonter le wagon en direction de la locomotive.[br][br]
— C’est pas vrai ? !….Putain ! Comment tu veux que je fasse ça ! ?[br][br]
Mais dès les premiers pas d’Élise, un homme en uniforme lui agrippe l’avant-bras.[br][br]
— Mademoiselle puis-je voir votre titre de transport ?[br][br]
L’homme ayant détecté l’attitude pour le moins suspecte l’entreprend au milieu de ses contrôles de routine. La poisse. Le contrôleur. Elle n’aurait pas le temps de lui raconter, trop de questions, trop peu de temps. Comment expliquer l’inexplicable en quelques secondes ? Comment le convaincre ? Alors, tout en fixant les paysages qui défilent de plus en plus vite, elle désigne son sac à main et répond nerveusement.[br][br]
— Mon billet est dans mon sac à main, juste là ![br][br]
L’homme ramasse le sac à main et en sort le billet.[br][br]
— 7 minutes 52[br][br]
— Pardon ?[br][br]
Puis l’air surpris, il extirpe du bout des doigts, une seringue usagée du même sac à main.[br][br]
— Mais qu’est-ce que… ?[br][br]
Il se retourne sous le regard inquiet des passagers. Élise avait profité de cet instant pour s’enfuir dans son dos à toute vitesse vers l’avant du wagon. Ses talons claquent à un rythme effréné sur le revêtement du couloir central. Elle galope à tombeau ouvert dans le passage étroit au centre de la voiture. Elle ressent que le train accélère encore. Le temps est compté. Après un sprint de quelques mètres, Élise déboule au niveau du signal d’alarme. Tirer la poignée et arrêter le train, c’est si simple finalement. Elle bondit sur la droite et elle s’accroche fermement à la poignée rouge en métal. Elle tire un coup sec pour arrêter le train immédiatement. Le bloc du dispositif s’arrache dans un grincement métallique. Et la poignée lui reste dans les doigts. Aucun effet sur le convoi qui continue de foncer à une vitesse folle. Stupéfaite, elle lance un regard affolé vers le contrôleur. Il se penche brièvement au-dessus de Rachel, lui attrape la main puis semble lui prendre le pouls.[br][br]
— 7 minutes 34[br][br]
Le train fonce vers le… Non ! Surtout ne pas y penser ! Il faut aller vite. Pour tous les pauvres gens, pour les enfants, pour les innocents, pour Rachel… Et un peu pour elle aussi. Elle ouvre la porte intermédiaire entre les wagons et continue sa folle ruée tout en regardant brièvement derrière elle. Le stress. Avec ce qu’elle vient d’apercevoir, l’adrénaline monte brutalement. Le contrôleur se lance à sa poursuite. Il est grand, plutôt athlétique. Il sera bientôt sur ses talons à cette vitesse-là. Pendant qu’elle remonte le plus vite possible au milieu des quelques passagers qu’elle bouscule violemment dans sa course, le contrôleur pénètre dans la même voiture et hurle en la pointant du doigt :[br][br]
— Arrêtez cette femme ! C’est une meurtrière !![br][br]
L’alerte jette l’effroi dans l’ensemble du wagon. Ce qui désarçonne Élise dans sa fuite.[br][br]
— Quoi ? !! N’importe quoi ![br][br]
Tout en continuant de courir, elle se retourne en direction du contrôleur. Elle n’a pas rêvé ? Elle veut être sûre de ce qu’elle vient d’entendre.[br][br]
— Arrêtez là !![br][br]
Un des passagers à proximité d’Élise lui balance un violent coup de sac dans le visage pour tenter de la stopper.[br][br]
— Prends ça ! Pouffiasse ![br][br]
Un flash blanc. Un son aigu. Elle vient d’encaisser un vilain coup sur la tempe qui la déséquilibre. Elle en casse le talon de son escarpin. Sa vision se brouille. Plus de son pendant un instant. Elle continue sa course en boitant sur un seul talon. Toujours le plus vite possible. Continuer coûte que coûte. Quoi qu’il arrive. Pas deux fois. Elle ne le supporterait pas.[br][br]
— 6 minutes 58[br][br]
Une des passagères à l’avant du wagon surgit de sa place pour retenir Élise par la manche et l’arrêter comme le contrôleur continuait de le vociférer. Le tissu de sa robe craque et se déchire avec l’élan. Élise continue à galoper à toute allure pour ne surtout pas être remontée par le contrôleur. Sa tête lui fait un mal de chien. Avec l’effort et l’épouvante, sa migraine frappe fort contre ses tempes. Certains voyageurs estomaqués ; restent plantés là, sur son passage sans aucune réaction. Autant d’obstacles autour desquels elle slalome avec agilité. Des boulets qu’elle contourne habilement ou percute légèrement. Le bruit des pas de son poursuivant se rapproche. D’autres passagers tentent leur chance afin d’aider le contrôleur. Ils lancent sur elle tout ce qu’ils ont sous la main. Canettes de soda, chaussures, bouteilles d’eau, sacs à main, sacs à dos. Certains projectiles font mouche ; elle encaisse quelques chocs sur l’épaule et derrière le crâne. Tout le wagon veut voir tomber la fugitive, la meurtrière. Un peu comme on lapide un mécréant. Elle réalise qu’avec son talon cassé elle n’ira pas au bout. Alors presque sans s’arrêter, elle retire ses escarpins pour reprendre sa fuite de plus belle. Elle sprinte maintenant pieds nus, le plus intensément possible. Alors que sa foulée est à son maximum, ses enjambées de plus en plus longues et rapides, un énorme problème, arrive. Juste devant, à quelques mètres, un grand gaillard s’interpose. Les bras ouverts pour lui barrer la route. Il est au beau milieu de l’allée centrale. S’il la coince, c’est terminé. Tout sera foutu.[br][br]
— 6 minutes 05[br][br]
Elle accélère encore jusqu’à arriver devant le malabar. Elle donne une impulsion avec sa jambe gauche. S’appuie fermement au dossier de la banquette. Profite de son élan. Arme sa jambe droite. Et frappe. Un bruit sourd. Sans qu’il n’ait le temps de bouger, elle lui décoche un magistral coup de talon au milieu du thorax. L’individu massif tombe à terre instantanément, le souffle coupé net. Elle retombe avec agilité comme un chat sur la pointe de pieds et enjambe l’homme à terre. Elle reprend son marathon infernal alors que le train continue sa terrifiante accélération. Le contrôleur, plus grand et plus rapide, profite du spectaculaire coup de pied qui vient de ralentir Élise, pour combler son retard et débouler sur elle.[br][br]
— 5 minutes 28[br][br]
Quelques centimètres le séparent alors d’Élise,[br][br]
— Arrête-toi putain ![br][br]
Il tend sa main pour empoigner la fugitive et lui saisir fermement le bras droit. Élise est surprise.[br][br]
— Et merde ![br][br]
Il la tient. Sa course ralentit d’un coup, son bras lui fait mal. Elle pivote le haut du corps pour le regarder.[br][br]
— Vous me faites mal ! Lâchez-moi ![br][br]
C’est pas vrai… Il vient de l’attraper. Elle avait tout donné. Tout est fini ? Ce n’est pas possible… Alors qu’il tente d’agripper son autre bras pour la maîtriser, elle lance un regard furtif sur le côté. Et de sa main gauche, elle actionne la poignée. Ouvre la porte des toilettes. Donne une impulsion brutale avec son pied. Et rabat la porte rageusement sur le visage du contrôleur. Un grand bruit sec. Le plastique qui recouvre la porte explose sur sa face avec l’impact. Il lâche Élise. Il porte ses mains à la figure. Du sang. Le nez cassé. Pour elle, l’espoir. La fuite.[br][br]
— 5 minutes 03[br][br]
Elle parvient en trombe au bout de l’allée et passe la porte de jonction du premier wagon. Elle distance de quelques mètres l’homme qui se tient encore le visage.[br][br]
Il y a quelques minutes elle était comme tout le monde. Simple passagère anonyme. Elle est maintenant en guenille, pieds nus, sale, transpirante, à bout de souffle, terrorisée, pourchassée et en danger. Elle passe devant le rack à bagages. S’arrête une fraction de seconde et projette au sol hargneusement toutes les valises et tous les sacs pour ralentir son poursuivant. Ce qui crée un tollé général chez les voyageurs. Puis elle reprend sa course en sprintant à perdre haleine maintenant en direction de la cabine du conducteur.[br][br]
— 4 min 30 s[br][br]
Quelques mètres et elle sera arrivée. Avec l’espoir de toucher enfin au but. Il y a encore une chance pour que tout s’arrête. Plus que 10 mètres. Elle allait s’abattre sur la porte de la cabine du conducteur. Tout lui expliquer. Ou du moins, faire ce qu’elle avait à faire. Il reste 2 mètres. Elle est à fond. Elle tambourinera aussi fort que possible pour qu’il ouvre. Il comprendra.[br][br]
— Je te tiens salope !! [br][br]
Soudain son souffle se coupe. Elle quitte le sol. Son corps est brutalement ceinturé par le contrôleur qui était à ses trousses. Il était remonté rageusement à son niveau. En une fraction de seconde, elle se dit que l’idée de balancer les bagages au sol était vraiment foireuse. Les deux corps lancés à grande vitesse dans les airs viennent s’écraser de plein fouet contre la porte sécurisée de cabine du conducteur. L’impact se fait dans un fracas assourdissant. Elle s’affale comme un pantin désarticulé. Le choc violent éclate en partie la porte d’accès au poste de commande. Pour Élise, un grand flash blanc. La douleur qui la brise.[br][br]
— 3 minutes 55[br][br]
Élise, à terre, gémit, déchirée par ses blessures. Sa tête lui fait cruellement mal. Mais elle reprend ses esprits. Impossible d’arrêter là. Pas si proche du but. Pas maintenant. Prendre sur soi. L’enjeu est trop important. L’homme sans vie, allongé sur elle, l’étouffe de tout son poids. Elle repousse le contrôleur sur le côté pour s’en dégager. Il a le visage tuméfié. Un atroce œuf violet sur le front. Il ne respire plus. Inconscient. Inerte.[br][br]
Elle tente de se relever péniblement sur ses jambes qui vacillent. Le train semble fuser à une vitesse hallucinante. Sa tête tourne. Sa migraine est insoutenable. Élise s’agrippe au dossier de la banquette juste à côté d’elle. Les personnes dans le wagon restent bouche bée devant la violence de la scène qui vient de se produire.[br][br]
— 3 minutes 32.[br][br]
Elle se redresse enfin complètement. Plantée face à tous. La figure amochée. Elle dévisage chaque voyageur. Puis saisit une valise noire dans le compartiment juste à côté d’elle en bout de voiture. Elle a le souffle court. Épuisée. Blessée… Continuer. Quoi qu’il arrive. Tout tenter. Y arriver… En regardant froidement l’enfilade de spectateurs sous le choc, elle brandit le bagage d’un air menaçant et hurle :[br][br]
— CECI EST UNE BOMBE ! UNE PUTAIN DE BOMBE ![br][br]
Ce qui pétrifie son auditoire instantanément. Elle tente de reprendre son souffle durant cet instant de flottement.[br][br]
— BORDEL ! CASSEZ-VOUS AU FOND DU TRAIN !! JE VOUS DIS… UNE PUTAIN DE BOMBE !!! [br][br]
La terreur du message glace les voyageurs qui se regardent et n’osent pas bouger. Elle rajoute[br][br]
— BARREZ-VOUS ! TOUT VA PETER !!! DÉGAGEZ PUTAIN !! [br][br]
Une seconde de silence et les premières réactions de la foule éclatent. Une jeune femme hurle[br][br]
— Oh mon dieu une bombe ![br][br]
Et la panique explose. Les mères traînent les enfants par la main dans les cris et les pleurs. D’autres sautent de siège en siège pour passer devant. Le chaos général gagne l’intérieur du wagon. Une cacophonie de hurlements et de pleurs se répand sous les yeux d’Élise.[br][br]
Une tornade épouvantable. Certains, désespérés, tentent de s’échapper du train en brisant les carreaux pour sauter du convoi lancé à pleine vitesse. La foule paniquée s’entasse et pousse dans l’étroite porte qui relie les deux wagons. Les plus faibles se blessent, d’autres tombent à terre. Le tout dans un mouvement désordonné et assourdissant. Tous regagnent la voiture suivante propageant l’alerte à la bombe et la terreur dans le reste du train. En quelques secondes Élise se retrouve seule à l’avant d’un train totalement désert lancé à pleine vitesse. Seule ou presque.[br][br]
— 2 minutes 47[br][br]
Elle lâche négligemment la valise noire au sol et pivote vers l’extincteur de secours fixé à la paroi sur sa droite. Un liquide chaud coule depuis son oreille, elle touche avec sa main pour vérifier et s’aperçoit qu’elle saigne abondamment. Son mal au crâne est à son apogée. Une pression dans le crâne absolument abominable. Des pulsations effroyables cognent sur son front. Son nez se met également à saigner dans des proportions inquiétantes.[br][br]
— 2 minutes 31[br][br]
Plus assez de temps. Il faut agir. Elle arrache l’extincteur et se positionne face à la porte du conducteur. Elle lève les bras au-dessus de sa tête pour armer son coup. Un premier grand choc sur la porte. Un second, en frappant le plus fort possible et la porte déjà abîmée cède.[br][br]
Elle pénètre dans la cabine comme une furie, actionne l’extincteur et vaporise la neige carbonique sur le conducteur pour l’aveugler puis dans toute la cabine pour l’envahir.[br][br]
— Mais… Vous ?…. Qu’est-ce qu… ?[br][br]
En une fraction de seconde tous les éléments de la cabine sont recouverts par le nuage blanchâtre vaporisé. Sans qu’il puisse se défendre, elle empoigne férocement la silhouette du conducteur avec une force insoupçonnée. Elle prend son élan dans l’épais brouillard blanc et le dégage de son poste avec perte et fracas.[br][br]
— Ne faites pas ça !! Vous êtes complètement folle ![br][br]
L’homme, propulsé avec rage, trébuche sur le pas de la porte. Dans la chute, sa tête heurte lourdement l’accoudoir du premier siège. Il est assommé.[br][br]
— 2 min 17 s[br][br]
— Comment arrêter ce maudit train ?[br][br]
Elle n’en avait strictement aucune idée.[br][br]
— Le camion jaune. L’accident ! On va tous mourir !…. Faut que j’arrête ce putain de train !!! [br][br] Élise tente d’actionner tous les boutons du tableau de bord, d’abaisser tous les leviers, d’activer toutes les commandes.[br][br]
— Réfléchis Élise… Putain… Ré-flé-chis !!!![br][br]
— Elle cogne désespérément sur le tableau de bord. Mais en vain. [br][br] Sa tête. La douleur. Elle porte ses mains au visage. Elle saigne beaucoup. Son crâne lui fait horriblement mal. Elle va vomir, c’est sûr.[br][br]
— 1 minute 52[br][br]
Un flash blanc et des taches noires apparaissent dans son champ de vision. Elle se démène seule dans la cabine pour stopper le convoi qui file encore. Son poursuivant à terre reprend peu à peu conscience. Le contrôleur assommé jusque-là rampe difficilement en direction de la valise noire. Dans un ultime effort, il la saisit et jette la bombe d’une des vitres brisées lors de la fuite des passagers. Puis à bout de force, il s’évanouit à nouveau sous la fenêtre dans les éclats de verre au sol.[br][br]
— 1 minute 40[br][br]
Couvert de neige carbonique, le conducteur ouvre les yeux et reprend ses esprits. La folle hurle dans la radio[br][br]
— Aidez-moi !!! Merde !!! Un camion jaune !!! Sur la voie ferrée… !! Un accident… !! Le train arrive dessus… !! On va tous mourir… !! Répondez putain !![br][br]
Son appel restera sans réponse. Et ce train qui fonce encore à une cadence d’enfer.[br][br]
— 1 minute 28[br][br]
Élise se retourne. Et se met à pleurer[br][br]
— Je ne veux pas mourir !!! Comment on arrête le train ? !! Je vous en prie… !![br][br]
Le conducteur légèrement blessé et à terre esquisse un sourire. Comment pouvait-il sourire ? Ils allaient tous mourir sans son intervention.[br][br]
— Ça te fait rire connard ? ![br][br]
Elle fond sur lui au sol, et tout en l’enfourchant. Elle lui empoigne fermement la cravate.[br][br]
— ON VA TOUS CREVER !! TU COMPRENDS ÇA ? ! TU VAS IMPRIMER ? !! DANS 1 MINUTE 10, LE TRAIN VA DÉRAILLER !! UN PUTAIN DE CAMION JAUNE AU NIVEAU DU PONT ! IL Y A EU UN ACCIDENT SUR LA VOIE !![br][br]
Le conducteur secoué comme un pantin au bout de sa cravate reste sans réaction. Il a le regard ahuri. Constatant que la méthode forte ne fonctionne pas, elle l’implore[br][br]
— Comment on arrête ce train ?…. Tu va me dire oui ou merde ? ![br][br]
Nerveusement, il sourit une nouvelle fois. Puis lui répond :[br][br]
— Il n’y a plus rien à faire… Plus rien !!! [br][br]
Et il se met à rire. À rire de plus belle. Puis à rigoler franchement.[br][br]
— 58 secondes[br][br]
Elle le plaque rageusement au sol et hurle :[br][br]
— ON VA MOURIR PAR TA FAUTE ESPÈCE DE TOQUARD !… TU VEUX CREVER ? !… ÇA TE FAIT RIRE… ? PENSE A TOUS CES GENS DANS LE TRAIN ! MOI JE VEUX PAS MOURIR ![br][br]
Puis elle s’effondre sur son torse en lui agrippant la chemise. Dans les pleurs d’une condamnée à mort, elle récite une dernière prière :[br][br]
— Notre Père qui êtes aux cieux…[br][br]
Le conducteur continue à glousser et à rire. Peut-être nerveusement ?[br][br]
— Que votre nom soit sanctifié…[br][br]
Et elle se blottit un peu plus contre le conducteur[br][br]
— 40 secondes… Que votre règne vienne sur la terre…, 30 secondes
[br][br] Tout en continuant de prier, elle lui prend la main et le regarde totalement désœuvrée :[br][br]
— Pardonnez-nous nos offenses…[br][br]
Elle pense à Éric. À Julien. Rachel. Ses parents. À toutes ces personnes dans le train. Le choc allait être d’une telle violence, elle n’aurait aucune chance de survivre. Elle avait échoué. L’impact était imminent.[br][br]
— 5[br][br]
Élise gémit :[br][br]
— Je ne veux pas mourir !…. 4…[br][br]
L’homme la rassure :[br][br]
— Ça va aller…[br][br]
— 3… J’ai fait de mon mieux… Je suis tellement désolée… 2…[br][br]
— Je vous pardonne…[br][br]
— 1… J’ai tellement peur…[br][br]
Élise regarde désemparée en direction de la cabine. Tout devient flou. Les commandes. Les cloisons. Les parois. Le sol. Tout disparaît dans une lumière blanche aveuglante. Rapidement, l’intégralité du wagon est engloutie par un faisceau blanc intense qui éblouit Élise et dévore toute forme sur son passage. Du blanc. Du blanc partout. Le silence. La fin.[br][br][br][br]
[br][br][br][br]
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