Un jour d’avance | Chapitre 10

U

Les portes closes

[br][br][br][br]

Presque toutes les infirmières et aides soignantes de nuit étaient dans la pièce en train de discuter. La garde avait débuté depuis quelque temps déjà. Elles profitaient d’une accalmie pour échanger et discuter comme elles le font lorsque le job le permet. Une autre jeune femme déboule affolée depuis le couloir et passe le pas de la porte.[br][br]

— La 1610 ! Ça urge grave !![br][br]

Sans attendre, deux femmes du personnel font irruption dans l’entrée du service pour lui emboîter le pas et l’accompagner en vitesse. Les trois aides soignantes remontent le couloir et entrent dans la chambre. Élise est très agitée sur le lit. Elle tremble. Convulse et bave. Les appareils sonnent de tous les côtés. Elle hurle des propos incohérents[br][br]

— Il va finir !!! … Ils ne voient rien… Arrêter le train !!!![br][br]

— Mlle Manceno, calmez-vous… écoutez-nous…[br][br]

— Finir !!! Arrêter le tr… Il va finir !!!…. Ils ne voient rien… !!![br][br]

Elle a l’air extrêmement perturbée. Une aide soignante s’approche pour tenter de l’apaiser. Sa collègue fait le tour du lit pour essayer de l’allonger à nouveau. La troisième contacte le médecin de garde pour qu’il monte l’ausculter. Mais Élise semble être dans un état second, elle tape des pieds, tire sur ses menottes, gesticule dans tous les sens et tente de se tenir la tête :[br][br]

— Je veux voir mon frère !![br][br]

— Élise, respirez calmement, le médecin arrive…[br][br]

— Éric !!! Je veux aller à Nice !!![br][br]

— Restez avec moi ! Regardez-moi ![br][br]

— Lâchez-moi putain !!! Mon frère !!! Nice !!! Arrêter le train ![br][br]

La première aide-soignante constate :[br][br]

— Elle souffre encore de graves céphalées et d’hallucinations.[br][br]

La seconde en face lui répond, tout en tentant de maintenir le corps très agité :[br][br]

— Surtout elle perd encore du sang… On ne peut rien faire dans son état. 25 mg de Diazépam pour la stabiliser.[br][br]

Élise hurle de plus belle :[br][br]

— Arrêter le traiiiin !!! Ahhhh ma tête !!! Il va venir… Il va finir !!!! Mon frère !!! Ils ne voient rien ![br][br]

Elle se tord de douleur avec une force inquiétante :[br][br]

— AHHHH MA TEEEEETE !! AAAAAH !!!! AAAARG !![br][br]

Puis ses yeux se révulsent et elle perd connaissance sous les yeux ahuris des trois aides-soignantes qui tentent de comprendre en attendant l’arrivée du médecin.[br][br][br][br]

***[br][br][br][br]

Le Capitaine s’était repositionné en face de la télévision qui projetait l’intimité, et les travers sexuels de Rachel. Sanchez attendait le résultat de sa requête sur le moteur de recherche.[br][br]

— Je vais me faire un café tu en veux un ?[br][br]

Mais il reste les yeux rivés sur les vidéos.[br][br]

—… Pas maintenant… Merci.[br][br]

Tourrié n’arrivait pas à réaliser ce qu’il voyait sur les vidéos. Ce qu’il est en train de découvrir de la vie de Rachel est édifiant. Dans le champ de la caméra, elle traverse la chambre dans sa petite nuisette en satin sur la pointe des pieds. Son allure de femme fatale, sa chute de rein, son sourire ravageur. Elle est maintenant allongée sur le lit à baldaquin, elle croise et décroise ses jambes dans un mouvement très aguicheur. Un homme élégant dans un costume haut de gamme s’approche. Il tourne le dos à la caméra. Il enlève sa veste, et baisse la tête. Rachel s’est redressée au bord du lit. Sans que l’on ne puisse voir en détail, on comprend facilement ce qu’elle est en train de faire en ondulant sa tête au niveau de la ceinture de l’inconnu. Les bruits sont maintenant plus évocateurs. L’individu se détend alors qu’elle s’occupe de lui, durant de longues minutes. Le reste est beaucoup plus hardcore. Tourrié l’observe en train de chevaucher sauvagement son invité. Haletante, la peau brillante, sa poitrine ferme saute au rythme de ses chevauchées frénétiques. Puis elle se retire pour se retourner. Elle sourit et se mord les lèvres. Le capitaine l’observe ramper et agripper les draps noirs en soie sous les assauts de son partenaire de jeu. Elle finit la tête dans l’oreiller culbutée avec hargne par l’homme qui agite vigoureusement l’ensemble du lit. Comme dessert, la classique cigarette qu’elle fume vautrée seule dans les draps souillés juste après le départ de l’individu.[br][br]

Ce sont toujours les mêmes scènes obscènes, des dizaines de minutes durant. Des heures cumulées. Peut-être des journées entières de vidéos. Parfois dans des robes de soirée, quelquefois avec une perruque. Les hommes qui défilent ont tous l’air d’avoir réussi dans la vie, toujours bien sur eux. Le capitaine est gêné par son rôle de spectateur. Voyeur. Devant cette femme superbe qui s’abandonne des dizaines de fois dans des rodéos sexuels souvent étranges parfois sordides. Des menottes, du cuir, des accessoires, quelquefois à plusieurs. Rachel n’est pas vraiment toute blanche.[br][br]

Sanchez revient avec son café brûlant et se positionne derrière Tourrié pour regarder avec lui les exploits sexuels de la victime que le capitaine passe maintenant en accélérés pour terminer au plus vite. La jeune policière demande à son boss :[br][br]

— Ça donne quoi ?[br][br]

— Des heures de sexe filmées, des dizaines d’hommes différents. Glauque. Hard. Vraiment sale.[br][br]

Une idée traverse l’esprit de la jeune Sanchez :[br][br]

— Aucun qui ressemble à Julien ?[br][br]

Tourrié trouvait l’idée intéressante. Pourquoi pas… C’est une croqueuse d’hommes. La jolie cousine et le prince charmant… L’adultère. Un mobile suffisant pour un meurtre. La vidéo était en haute définition, mais il n’avait rien remarqué. À première vue, personne ne ressemblait de prêt ou de loin à Julien. C’est vrai que certains hommes étaient de dos pendant toute la scène. En y réfléchissant bien… Sur certaines scènes, les acteurs lui semblaient familiers, sans savoir exactement si le capitaine les connaissait, ni où il avait bien pu les croiser. Il fallait revoir tout ça en détail, mais il était très tard. Saturé par ces images. Il n’avait pas le cœur à revoir toute cette débauche. Et le lieutenant reprend :[br][br]

— Je sais pas si tu as vu les remontées d’info de Puig et Loyd… Son compte en banque est vide.[br][br]

Ça colle pas avec l’appart qu’on a vu.[br][br]

— Non, j’ai pas encore regardé. Elle fait quoi comme Job ?[br][br]

Sanchez se procure le dossier qu’avaient constitué les collègues de la brigade.[br][br]

— Officiellement, VRP multicarte… Je sais pas ce qu’elle vend, mais ça ne rapporte pas beaucoup.[br][br]

— Son compte courant est dans le rouge.[br][br]

— Son train de vie, ses fringues haut de gamme, son appart. On voit qu’elle brasse pas mal. Mais elle n’a pas une tune sur le compte… ? C’est louche[br][br]

Sanchez poursuit sa réflexion :[br][br]

— Les hommes sur les vidéos… On dirait tous des hommes d’affaires. Ils ont l’air mûr, sûr d’eux… Ça me fait penser à des « SugarDaddy »[br][br]

Tourrié se retourne vers elle, l’air interrogateur. Le lieutenant l’éclaire :[br][br]

— Des hommes riches qui se payent du bon temps et les services d’une Escort qu’ils bichonnent… Pas vraiment comme toi en fait…[br][br]

— Arrête…[br][br]

Pour le capitaine ça pouvait coller aux vidéos, à tous ces hommes différents…[br][br]

—Une commerciale… Qui vend son corps au black… OK. Quel est le rapport avec Élise ?…. Son mec ? Un de ses « clients » aurait voulu la refroidir ? Jalousie ? Argent ? Quel est le lien entre ces affaires de cul et Élise… ? C’est ça qu’il faut trouver ![br][br]

La flic termine sa tasse de café, et se place devant le tableau blanc dédié à l’enquête pour remodeler le schéma de l’affaire. Repositionnant les photos, les liens les indices et les pistes. À la lumière des dernières réflexions, elle se met à dresser la liste des questions restées sans réponse. Le capitaine l’observe sans rien dire. Puis elle s’arrête quelques secondes. Elle contemple les éléments, immobile devant le tableau. Elle se retourne vers lui et lance entre ironie et acidité :[br][br]

— Hmmm… Beaucoup de questions sans réponse… Beaucoup plus que les évidences… J’ai au moins retenu ça sur le parking…[br][br]

— Stéphanie… C’est bon là…[br][br]

— Un « AimJee » capitaine ?[br][br]

C’était leur code. AimJee, un exercice de réflexion par stimulation. Modéliser une idée maîtresse en partant de dizaines d’annonces instinctives. Ressemblant vaguement à ping-pong d’idées, une fusillade de questions-réponses. Une partie dans laquelle les questions restées sans réponse seraient notées au tableau pour être synthétisées. L’AimJee c’est une parenthèse spontanée et rapide. Le Capitaine était très bon dans ce contexte, Sanchez adorait ce type de brainstorming. C’était ce qu’il leur fallait pour réfléchir à cette heure tardive et construire un schéma valable en dépit de leurs points de vue très différents. Les réflexions partiraient dans tous les sens pour petit à petit revenir sur un tronc commun et dégager une idée maîtresse. La nature de leur relation ne pouvait que pimenter l’instant. Tourrié se colle au fond du fauteuil et l’exercice débute.[br][br]

— Pourquoi hurler à la bombe dans un train bondé ?[br][br]

— Pour se faire remarquer. Pour éloigner les passagers[br][br]

— Pourquoi vouloir éloigner les voyageurs ?[br][br]

— Pour s’occuper du conducteur, ou les protéger.[br][br]

— Pourquoi avoir arrêté le train alors qu’elle se rendait à l’enterrement de son frère[br][br]

— On ne sait pas… Le prétendu accident visiblement[br][br]

— OK note. Et l’enterrement ?[br][br]

— Dans quelques heures à Nice[br][br]

— Nice… Comme le phare du tatouage sur Élise et Julien[br][br]

— OK note. Elle a vu un accident… Un camion jaune…[br][br]

— Mais il n’y avait rien !….[br][br]

— Pourquoi elle a prétendu voir un accident qui n’existait pas ?[br][br]

— Les médocs ? Confusion mentale ? Kétamine ?[br][br]

— Pourquoi vouloir protéger des passagers d’un accident fictif ?[br][br]

— Elle est dingue ? Elle a halluciné ? Ou peut-être de bonne foi ?[br][br]

— C’est-à-dire ? Tu penses qu’elle y croyait ?[br][br]

— Y a les auditions qui parlent d’un appel… Et vu le bordel qu’elle a foutu dans le train, elle avait l’air d’y croire ![br][br]

— OK note. L’appel… Tu peux m’en dire plus ? Comment aurait-elle appris l’accident ?[br][br]

— Au téléphone après le départ… Par texto ?…. Elle aurait été prévenue avant de partir ?[br][br]

— Non ça colle pas ! La plupart des auditions rapportent qu’elle dormait juste avant de foutre le bordel… On n’a pas de trace des messages… Peut-être sa cousine ?[br][br]

— On sait qu’elle regardait à l’extérieur vers les coteaux. Qu’elle parlait seule…[br][br]

— Oui, mais on n’a rien de concret. À part l’hallucination…[br][br]

— OK, note tout ça. Pourquoi prend-elle autant de médocs ?[br][br]

— Elle est fragile. Perturbée par la mort de son frère… Dépression… ?[br][br]

— Possible… Note… Je continue sur les médocs… Pourquoi a-t-elle un tel stock de Kétamine en injection ?[br][br]

— Elle l’a volé[br][br]

— Peu probable[br][br]

— Pourquoi ?[br][br]

— Ça se trouve pas comme ça…[br][br]

— On lui a donné ou vendu alors.[br][br]

— Un toubib ? Une infirmière ? Un véto ? C’était quoi le nom sur la boîte de cachetons chez elle ?[br][br]

— Nadège[br][br]

— C’est qui Nadège ?[br][br]

— On n’a rien. Juste un nom sur une boîte[br][br]

— OK Note. Pourquoi Élise assassine sa cousine ?[br][br]

— Jalousie ? Adultère ? Argent ?[br][br]

— On n’a rien pour l’instant… Note. Pourquoi Rachel qui était blindée de fric voyage en train avec elle ?[br][br]

— Pour l’accompagner à l’enterrement ?[br][br]

— Ça colle… OK[br][br]

— Pourquoi attendre d’être dans le train pour la refroidir ?[br][br]

— C’est peut-être suite la dispute ?[br][br]

— Une dispute assez forte pour tuer sa cousine ?[br][br]

— De toute manière la seringue et la dose dans le frigo induisent la préméditation… La dispute ne serait qu’un prétexte ?[br][br]

— Un prétexte ? Pour se faire remarquer ? Pas génial…[br][br]

— T’as raison… Note. Pourquoi se disputer ? À propos de quoi ?[br][br]

— On ne sait pas… L’enterrement ?…. De l’argent ?…. Un mec ?….Son mec ?[br][br]

— OK, note.[br][br]

— On sait que le contrôleur a trouvé une seringue dans le sac d’Élise. Ma question : pourquoi un contrôleur se permet de fouiller un sac à main ?[br][br]

— Intéressant. Note. Pourquoi tuer quelqu’un dans un train bondé au risque d’attirer l’attention comme ça ?[br][br]

— Aucune… Peut-être la folie ? La passion ? Le désespoir ?[br][br]

— Folie… Désespoir… Ça peut le faire… Regarde les messages qu’elle a reçus. Pour ne pas qu’elle se foute en l’air… Chez elle et sur son mobile.[br][br]

— Oui ça peut coller… Mais on a la source des messages ?[br][br]

— Non pas encore… Chou blanc[br][br]

— Que des messages anonymes qui parlent du suicide… Est-il possible que les messages nous induisent volontairement en erreur ?[br][br]

— Tout est possible ![br][br]

— Présentait-elle des troubles psy dans son dossier médical avant ?[br][br]

— Aucun avant son accident[br][br]

— Note ![br][br]

— Peut-on avoir des hallucinations avec son traitement ?[br][br]

— Le truc louche… C’est qu’elle n’a pas de traitement… Elle se défonce à la Kétamine ! Je sais pas si tu es au courant, mais c’est pas vraiment adapté…[br][br]

— OK Note. Pourquoi prendre de la Kétamine au lieu de prendre des anxiolytiques ?[br][br]

— Toxico ? Ignorance ?[br][br]

— On n’a pas le profil d’une toxico à première vue. Pourquoi l’ignore-t-elle ?[br][br]

— Parce qu’on lui a caché[br][br]

— Note. D’autres messages qui parlent du suicide avant aujourd’hui ?[br][br]

— Non ![br][br]

— Pourquoi ?[br][br]

— Parce que la journée était particulièrement difficile ? Ou alors… C’était volontaire[br][br]

— Note. Pourquoi inscrire sur sa porte d’entrée « JE NE SUIS PAS FOLLE » ?[br][br]

— Pour s’en persuader ?[br][br]

— Arrête !… Pourquoi ?[br][br]

— Ce n’est pas elle qui a écrit.[br][br]

— OK note ! Je reviens sur les délires… La Kétamine peut donc provoquer des hallucinations ?[br][br]

— À forte dose… C’est clair… Des propriétés hallucinogènes dissociatives…[br][br]

— Et ça colle avec les maux de tête… Note ![br][br]

— Pourquoi tous ces mots dans sa cuisine ?[br][br]

— Son couple va mal ?[br][br]

— Pourquoi son couple est au bord du gouffre ?[br][br]

— À cause de la mort du frère ?[br][br]

— Possible. Note. Pourquoi la victime se filme au lit ?[br][br]

— Elle aime ça… ?[br][br]

— Comment elle peut avoir un tel train de vie ?[br][br]

— Un niveau de vie bien supérieur à sa cousine… C’est bizarre… Elle est peut-être payée pour coucher… ?[br][br]

— Ça serait une prostituée ? Une Escort ?[br][br]

— Pourquoi pas…[br][br]

— Pourquoi son compte en banque est presque vide alors ?[br][br]

— Elle est payée en espèce ?….Pour ne pas laisser de traces ?[br][br]

— Note[br][br]

— Rachel n’est pas si blanche que ça, elle aurait pu se taper Julien et le faire chanter ?[br][br]

— Ça tient la route, mais on n’a rien vu de probant sur les vidéos…[br][br]

— Il faut vérifier… D’autant plus qu’il reste peut-être encore des heures d’enregistrement ?[br][br]

— OK note… À creuser.[br][br]

— Ça aurait pu mettre le feu aux poudres avec Élise ?[br][br]

— Fort possible, oui note ! Pourquoi le père d’Élise charge-t-il le petit ami comme ça ?[br][br]

— Il était peut-être responsable ?[br][br]

— Responsable de la mort ?[br][br]

— Oui, en tout cas de l’accident à Nice et personne ne veut voir sa gueule là-bas[br][br]

— Ça explique pourquoi il n’est pas venu dans le train[br][br]

— Plausible. Note. Comment est mort le frère ?[br][br]

— Un accident dixit le père d’Élise, j’attends le rapport pour les détails[br][br]

— OK note. Bien… Ça nous donne quoi ?[br][br]

Le Capitaine s’étire sur le fauteuil. Sanchez efface les éléments inutiles sur le tableau et contemple le résultat pour en faire une synthèse de vive voix :[br][br]

— On a un enterrement à Nice de source sûre dixit le père d’Élise. Elle prend le train avec sa cousine. Se dispute. Elle voit / entend / ou connaît une information à propos de l’éventuel accident de train. Mais il n’y a rien. Elle est dingue ou elle a halluciné. Fragile, perturbée par la mort de son frère. Une certaine Nadège en liaison avec les médocs… Sans avoir plus d’info. Rachel est morte peut-être suite à la dispute entre les cousines. Dispute à propos d’argent, de l’enterrement ou de leur mec ? On n’a pas d’info sur les messages autour du suicide. Toujours source inconnue. On sait juste que ces messages ont juste été envoyés aujourd’hui. RAS avant. Elle ne présentait pas de trouble psy avant son accident. Elle prend de la Kétamine sans raison apparente et peut-être sans le savoir. Kétamine qui peut entraîner des hallucinations. On a écrit sur sa porte d’entrée pour induire en erreur. Son couple est au bord de la rupture peut-être à cause de la mort du frère. Ou d’un adultère ? Peut-être avec Rachel ? La victime faisait des sex-tapes avec des dizaines d’inconnus. Hommes d’affaires ou fortunés. Elle a un train de vie effarant. Mais son compte en banque ne suit pas. Possible liaison avec Julien… Mais on n’a rien. Il faut vérifier. Le petit ami peut-être responsable de la mort du frère. Pas d’info sur l’accident on attend le dossier.

 [br][br]

Sanchez conclut :[br][br]

— Et le pire, c’est que les seules personnes qu’on ait sous la main dans cette affaire sont soit mortes, soit opérées, soit inconscientes ou en soins intensifs…[br][br]

Tourrié en pleine réflexion griffonne quelques lignes sur son bloc et déclare :

 [br][br]

— Je veux en savoir plus sur l’accident. C’est le point de départ. Dès qu’on a le rapport on le passe au peigne fin.

 [br][br]

Son lieutenant consulte son écran :[br][br]

— Ça tourne toujours… J’attends les résultats…[br][br]

La jeune femme avait l’air de ne plus tenir debout. Il était vraiment tard, elle voulait se faire un dernier café pour tenir le coup.[br][br]

— Je vais en reprendre un petit…[br][br]

Elle demande à son boss s’il en veut un par politesse. Elle se met en marche vers la machine à café à l’étage pendant que le capitaine continue de contempler le tableau blanc.

 [br][br]

Devant la machine à café à l’étage, Sanchez se sentait épuisée. Autant qu’on puisse l’être à 02 h 45 du matin. Elle attendait que son expresso termine de remplir sa tasse. Elle songeait à l’affaire. Au fond d’elle, elle savait que les faits étaient là. Le suspect avait agressé un agent de contrôle, un conducteur de train, pénétré dans la cabine du train en marche, simulé une bombe… Même si d’autres questions se posent, il y a tout ce qu’il faut pour la coffrer. Si elle avait été à la place de Tourrié, elle aurait écourté l’affaire au moment de trouver la fiole de Kétamine. L’ADN sur le foulard est aussi une preuve solide. Pourquoi ne voulait-il pas arrêter cette fille ? Cette folle ! Décidément, elle n’arrivait vraiment à cerner ce type. En même temps, sans poursuivre cette enquête elle n’aurait jamais vécu toutes ses choses avec le capitaine. Des questions. De l’espoir. L’intimité fragile, mais enfin accessible de son mentor. La proximité malgré leurs disputes. Le privilège de faire équipe avec lui. Son odeur… Sa peau… Sa peau ?
Le capitaine l’avait rejoint dans la salle sans qu’elle ne le remarque. Il pose sa main sur son avant-bras pour l’aider à retirer son café de la machine.

 [br][br]

— Tu ne vas pas le boire ?[br][br]

Il recommence, se dit-elle. Il vient encore une fois de l’effleurer, et une fois de plus elle en était toute chamboulée. Comme lorsqu’elle était adolescente. Quand son petit cœur d’artichaut s’embrasait à tort, à chaque geste insignifiant de ses amoureux de l’époque.

 [br][br]

— Euh… Si… Non… Tu le veux ?[br][br]

Elle bredouille, encore sous l’effet du contact de sa peau. Son patron lui répond d’un air amusé :[br][br]

 [br][br]

— Non je m’en fais un. Tu en as besoin visiblement.

 [br][br]

Elle se rend compte qu’elle est seule avec son fantasme ambulant dans le commissariat vide. L’idée de lui faire l’amour là, de suite, à même le sol, devant la machine à café lui traverse l’esprit une seconde. Il pourrait lui demander n’importe quoi. Elle ne pourrait pas refuser. Son désir l’envahit, elle voudrait le contenir. Consciente que sa relation est inappropriée, au moins autant que le lieu. Elle se rapproche de Tourrié qui observe d’un air fatigué son gobelet en train de se remplir. Son petit cœur de gamine s’emballe. Elle hésite. Puis franchit le pas. Elle lui attrape la main en douceur, se met sur la pointe des pieds et lui adresse un doux baiser dans la nuque. Il se retourne et la repousse d’un coup. Il s’incline pour regarder nerveusement les couloirs et les bureaux vides. Il recule d’un bon mètre[br][br]

— Putain ! T’es malade où quoi ? ! Ne refais jamais ça ![br][br]

Il avait l’air très contrarié. Elle l’avait tenté. Elle avait tort. Tort de laisser parler son cœur. Il n’était pas sur la même longueur d’onde. Elle venait de prendre le risque d’être repoussée une nouvelle fois sans penser réellement qu’il allait lui refaire le coup. Elle était dans l’erreur. Sans un mot elle déposa son café, et rejoignit sur le champ le bureau de Tourrié où elle avait entreposé ses affaires. Son insigne et son arme, elle les laissa sur le bureau. Elle y récupéra sa veste, l’enfila et regagna la sortie, les larmes aux yeux. Ce jeu de chaud et froid l’avait une fois de plus foutue en l’air. Elle ne comprenait plus. Il fallait qu’elle prenne l’air. Elle est fatiguée, lassée des montagnes russes affectives. Elle quitta le commissariat à pied, et s’alluma une cigarette sur le trottoir. Laissant s’échapper une volute blanche dans le froid et le noir.[br][br]

Un milieu d’homme, des dizaines de collègues, certains plus que charmants. Plusieurs lui faisaient la cour depuis le premier jour. Ses amis, les amis de ses amies… Elle connaissait au moins 50 ou 60 hommes disponibles, et il fallait qu’elle tombe raide dingue du plus cruel de tous. Elle s’en voulait de ne pas avoir vu clair dans son jeu… Elle n’était peut-être qu’un passe-temps pour lui. Peut-être qu’une parmi des dizaines d’autres femmes. Cette idée… Elle ne le supportait pas. C’était plié, il fallait qu’elle démissionne sans attendre. La jeune femme marcha énergiquement sous le coup de la colère dans les rues désertes. Elle entendit soudain un véhicule remonter à sa hauteur. C’était le capitaine. La vitre se baissa.[br][br][br][br]

[br][br][br][br]

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