Un jour d’avance | Chapitre 7

U

Rapprochement

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L’appartement est relativement propre. C’est un vaste F3, un peu vieillot, mais à la décoration industrielle, type loft. Un logement coquet, agencé avec goût. Excepté le fait qu’il pue le tabac froid, rien ne paraît suspect au premier abord. Sanchez pénètre à son tour dans le salon. Les deux enquêteurs remarquent immédiatement la diode du répondeur qui clignote, et l’affichage digital rouge qui marque le chiffre 2. Tourrié lance la lecture des messages. Le premier, laissé auparavant par le père d’Élise confirme la thèse de l’enterrement. Puis le second se déroule, une voix de femme qui disait simplement[br][br]

— Élise… Ne fait pas ça ! Je sais que tu ne vas pas bien, mais ne fait pas ça…[br][br]

Sanchez examine le téléphone fixe pour parcourir le journal des appels. Le dernier appel était anonyme, mais en revanche, ils avaient maintenant le numéro du père d’Élise. Le capitaine appelle immédiatement le numéro en question. Sans succès, il tombe sur boîte vocale.[br][br]

— Bonjour. Capitaine Tourrié à l’appareil. Pouvez-vous nous rappeler au sujet d’Élise.[br][br]

En raccrochant, son regard se pose sur une photo mal punaisée qui vient juste de se détacher du mur pour planer jusqu’à ses pieds. Sur les briques industrielles étaient fixées une dizaine de photos en quinconce. L’image au sol attire son attention. On y voit la victime avec la suspecte. Elles sont assises sur un banc en teck. Elles se tiennent par l’épaule, l’une donne un baiser sur la joue de l’autre. Elles sont bronzées. Le ciel est bleu, sans aucun nuage. Peut-être une photo de vacances ? Elles ont l’air heureux et complice en tout cas. Une autre photo au mur se distingue au milieu des autres. Élise était dans les bras d’un homme de son âge, plutôt beau gosse. Tout en haut de coteaux. Peut-être les coteaux du Pech ? Sur la photo, le point de vue était impressionnant. Un panorama dégagé, tout le secteur s’étalait en contrebas jusqu’à l’horizon. Tourrié retire les deux photos et les place dans sa veste. Des bruits dans la pièce d’à côté l’intriguent et il s’y rend.[br][br]

Sanchez avait débuté la fouille de la cuisine. Elle examine les plans de travail. Ouvre les placards et fouille entre les boîtes de conserve et les paquets de céréales. Elle tire les tiroirs un à un, remuant son contenu pour y trouver un éventuel indice. Elle fait une pause et voit finalement le bout de papier froissé sur la table. Elle déplie soigneusement le Post-it et découvre[br][br][br][br]

« NE-ME-JUGE-PAS ! »[br][br][br][br]

Tourrié qui la regardait faire sur le pas de la porte, entre à son tour dans la pièce. Il contemple la trouvaille de son lieutenant. Il scrute la cuisine du regard et s’arrête sur la poubelle. Il entame une fouille rapide des détritus. Il met la main sur des dizaines d’autres boules de papier…[br][br][br][br]

« PARDONNE-MOI », [br][br]« JE N’Y SUIS POUR RIEN », [br][br]« JE SUIS DÉSOLÉ »… [br][br][br][br]

— Son mec peut-être ?[br][br]

Au loin, le réveil de la chambre à coucher se fait entendre. Il s’est sans doute déclenché avec une alarme automatique. Le bruit de l’appareil attire l’attention de Sanchez qui poursuit ses recherches dans la pièce.[br][br]

Elle examine la table de nuit, les traces de rond de verres laissés sur le meuble. Le réveil digital, les paquets de mouchoirs qui traînent là. Les boîtes vides de comprimés abandonnées au sol, et les tablettes pleines accumulées dans le tiroir. Puis elle signale à son boss :[br][br]

— Elle prend une sacrée dose de cachetons…[br][br]

Elle conserve une des boîtes de calmants sur laquelle Nadège avait écrit auparavant. Tourrié passe le pas de la porte devant le grand lit défait. Il contemplait Sanchez qui continue son examen méticuleux des effets personnels du suspect. Passage au peigne fin de la tablette de nuit, puis de l’armoire. Analyse complète du lit ; sous les oreillers, dans les draps, sous le matelas. Puis un passage en revue des affaires laissées au sol. L’ombre des stores rayait sa partenaire, dont les cheveux impeccablement tirés, luisaient dans les fines bandes de lumières. Il ressentait un sentiment de fierté en la voyant à l’œuvre. Que de chemin parcouru ! Son poulain devenait de plus en plus redoutable à chaque affaire. Il la laisse continuer et sans un mot retourne sur ses pas.[br][br]

Il inspecte le reste de la cuisine et jette un œil dans le frigidaire. Rien d’anormal là-dedans. Éclairées par la petite ampoule blafarde du frigo, il n’y avait que des banalités au frais. Des restes de plats préparés industriels, des yaourts presque périmés, quelques légumes, 2 ou 3 œufs, une bouteille de jus de fruit entamée, du lait et soudain… Il remarque dans le compartiment de la porte, une fiole pour injection contenant un liquide transparent.[br][br]

— Sanchez !![br][br]

Elle rapplique illico dans la cuisine. Le capitaine accroupi devant le frigo se relève et lui montre la fiole « de la Kétamine pour injection. »[br][br]

Sanchez en déduit :[br][br]

— Ça colle avec la seringue dans le sac ! Ça commence à faire beaucoup patron ![br][br]

Tourrié réplique :[br][br]

— Ça colle…[br][br]

Elle attrape la fiole pour l’apprécier de plus près, tout en effleurant involontairement la main de son chef. Elle croise son regard, et ressent une intensité qu’elle n’avait jamais perçue auparavant. Il y avait eu l’étincelle. Dans le silence, elle se rapproche. Seul le ronronnement du frigo berce les deux officiers dans la pièce. Son cœur bat la chamade, elle vient de plonger dans son regard et semble s’être connectée à lui. Il ne retire pas sa main, comme pour l’autoriser à cet instant. Leur peau était en contact. Sa main est tellement chaude. Il reste là immobile. Elle se rapproche encore. Le téléphone du capitaine sonne. Le gong qui brise cet instant électrique et les replonge dans la réalité. C’est la fin de leur petit intermède silencieux.[br][br]

Le capitaine laisse la fiole à Sanchez et décroche :[br][br]

— Tourrié, j’écoute…[br][br]

Il ordonne en chuchotant à Sanchez de continuer à fouiller.[br][br]

— Hmm… Oui… OK… Balance-moi tout ça par mail s’il te plaît.[br][br]

Pendant que Tourrié poursuit au téléphone, Sanchez prolonge sa fouille minutieuse. La jeune lieutenante tombe sur une veste en cuir qui est posée sur le dossier d’une chaise. Elle fouille les poches une à une et découvre une feuille soigneusement pliée. Curieuse, elle ouvre la lettre et découvre son contenu.[br][br][br][br]

« Nous avons tout fait pour lutter. Je suis fier du combat qu’on a mené ensemble jusqu’ici, pour que le quotidien ne nous détruise pas. Je n’ai jamais baissé les bras, et tu t’es toujours relevée. Mais il faut reconnaître que malgré tous nos efforts, nous nous sommes éloignés. L’épreuve qu’on traverse est bien plus forte que nos tentatives désespérées de continuer à vivre normalement. C’est une situation que j’ai du mal à vivre, et je vois bien que tu en souffres terriblement. Je me sens tellement responsable de tout ça. Je me sens seul et fatigué. J’ai l’impression qu’on ne va nulle part, que notre avenir est scellé. Les reproches de ton entourage qui me font passer pour un monstre me rendent malheureux. Les sous-entendus et les personnes qui ne comprennent pas notre amour m’épuisent. J’aimerais que tu saches à quel point je t’aime. Que tu comprennes que tu restes et tu resteras mon premier amour. Que je pourrais donner ma vie pour toi ! J’aurai préféré prendre la place de ton frère. Quelquefois je m’imagine dans une autre histoire. Où tu t’en sors indemne avec ton frère. Où je suis resté sur le carreau à sa place. Je pourrai alors t’observer de là-haut, te voir te remettre doucement et recommencer à vivre. Ne plus supporter la pression de la culpabilité. Mais les choses sont mal faites et on doit vivre avec ça. Si tu lis cette lettre, c’est que tu es probablement revenue de Nice. Que ta famille a profité de l’occasion pour te manipuler et me mettre sur le dos la disparition d’Éric. On s’est certainement pris la tête à cause du briquet que j’ai fait graver pour ton frère. Je ne voulais pas te faire de la peine, mais je tenais à ce qu’il ait quelque chose de moi. Pour être tout à fait honnête, si c’était à refaire… Je le referais. Si tu lis cette lettre, c’est que je ne suis probablement plus là, que tu m’as mis à la porte après toutes ces histoires.

Tu as les pleins pouvoirs, fais ce qui te semble bon et je comprendrai. Je serai toujours là, à t’attendre. Si tu le décides, je serai toujours à tes côtés. Si tu le veux, je continuerai à me battre pour te protéger et je ferai tout pour que tu sois heureuse. Si tu veux qu’on arrête là, je me ferai discret, je ne te ferai plus souffrir, mais je ne pourrai pas m’empêcher de garder un œil sur toi. Juste pour te savoir heureuse.

Oh Élise, comme je regrette tout ça… Il y a un an je te demandais en mariage, je voyais la flamme dans tes yeux. On s’aimait tellement fort. Tout nous souriait. On parlait même de notre premier enfant. Un mini Julien ! Avec tes yeux, ma bouche, mon humour et ta sensibilité… Tout ça est bien loin maintenant. Je vais partir pour faire le point. Recoller les morceaux me paraît difficile. Mais je veux y croire. Et toi ? Tu y crois ? »[br][br][br][br]

 

Une goutte tombe et imbibe le papier en bas de la lettre. Sanchez ne s’était même pas rendu compte qu’elle pleurait. L’avait-il laissé là dans le but de… ? Ou peut-être gardait-il cette lettre au chaud en attendant le moment fatidique. Où était ce fameux Julien ? Elle s’essuie les joues, range délicatement la lettre pour l’emporter et elle reprend sa fouille.[br][br]

C’est au tour de l’ordinateur, bien entendu verrouillé par mot de passe, les courriers, les factures d’électricité au nom d’Élise Manceno et Julien Picolin puis elle déniche un dossier dans lequel étaient rangées les factures de téléphones mobiles des deux occupants. Elle y découvre le numéro client chez l’opérateur, indispensable pour lancer rapidement une procédure auprès du F.A.I. Et elle y voit surtout le numéro de mobile d’Élise et Julien. Le lieutenant compose immédiatement le numéro d’Élise. La tonalité, puis quelques sonneries. Son téléphone était encore actif. Il fallait faire vite pour le retrouver. Elle compose le numéro de Julien. Même cas de figure.[br][br]

Tourrié déboule en trombe derrière elle :[br][br]

— J’ai trouvé un double des clés du domicile de la victime dans le salon. Regarde… Le porte-clés avec l’inscription R. Duprat. Puig m’envoie l’adresse par SMS. On s’arrache ![br][br]

Sanchez dévoile alors ses trouvailles ; les factures de mobiles et la lettre :[br][br]

— J’ai le nom de son petit ami et les deux numéros de mobile. Les deux téléphones sont actifs. Faut retourner dans le train pour mettre la main sur son foutu téléphone. Vu qu’elle était proche de la victime, il y a sans doute des échanges intéressants… Pour son petit ami, je demande une triangulation. Avec la lettre qu’on vient de trouver… Il est peut-être loin déjà.[br][br]

— Brillant Sanchez!

 [br][br]

Tourrié ajoute :[br][br]

— Demande un relevé opérateur à Loyd ou Puig, si le mobile s’éteint entre-temps.[br][br]

Les deux flics descendent à toute allure de l’immeuble, ils remontent en voiture et repartent aussi vite que ce qu’ils sont arrivés. Sanchez, toujours au volant, demande :[br][br]

— Patron ? Dépôt ou domicile de Rachel ?[br][br]

Tourrié tout en s’attachant répond :[br][br]

— Dépôt ! Dépôt ! Si le téléphone lâche, on prend 4 heures de délai avec le relevé opérateur. Fonce ![br][br]

Et Sanchez allume une nouvelle fois le gyro, pied au plancher. Grillant les feux, les priorités à droite, les stops. La voiture de patrouille remonte les rues, avalant le bitume rageusement.[br][br]

— Allume Sanchez !! Allume putain ![br][br]

Sanchez très concentrée sur sa course, donne de vifs coups de volant, freine au dernier moment, n’hésite pas à emprunter les couloirs de bus et à empiéter sur les trottoirs à chaque fois qu’elle en a besoin. Le moteur de la berline des deux officiers gronde au milieu du trafic. Passage de vitesse au rupteur, appels de phare, klaxons et insultes pour Sanchez. Consultation de mails pour Tourrié, secoué dans tous les sens par la conduite sportive et musclée de son lieutenant.[br][br]

En pilant violemment devant le convoi encore réquisitionné au dépôt, un nuage de poussière s’élève recouvrant la totalité de la voiture. Les deux officiers sortent en courant, Tourrié en tête… Sanchez recompose le numéro d’Élise pour faire sonner le fameux Smartphone et le repérer à l’oreille dans les wagons. Une fois à l’intérieur, les deux enquêteurs commencent à avancer sans faire le moindre bruit. Il se peut que le téléphone soit en mode vibreur et ils n’ont aucune idée du temps qu’il reste pour mettre la main dessus avant qu’il ne s’éteigne. Un premier appel jusqu’au bout des 5 sonneries, la boîte vocale se déclenche. Sanchez regarde sous les banquettes au milieu des papiers gras, des sacs à main et des bagages encore là. Tourrié passe chaque siège en revue, ouvrant un à un les sacs et les valises qu’il croise sur son chemin. Deuxième appel, toujours aucun bruit et ils sont sur le point de terminer de remonter la voiture où le meurtre s’était déroulé. Combien de tentatives leur restait-il ? Troisième sonnerie, une mélodie presque imperceptible se fait entendre à quelques mètres de là. Ils avancent jusqu’au couloir où se trouvent les toilettes. Devant la porte maculée du sang et l’énorme creux, témoins du visage défoncé du contrôleur sur la surface en plastique, le son se fait plus précis, on entend même le vibreur couplé à la sonnerie.[br][br]

Sanchez ne peut s’empêcher de crier victoire :[br][br]

— On te tient salopard ![br][br]

Tourrié ouvre la porte des WC, allume l’intérieur exigu et trouve effectivement le Smartphone par terre sous le lavabo. L’écran est encore allumé par le dernier appel. Il s’en empare du bout des doigts et vérifie l’état de la batterie. Il reste encore deux barres, bien assez pour prendre connaissance du contenu. Il déverrouille l’écran tactile d’un glissement de doigts, pour naviguer rapidement jusque dans l’application des messages textes. Tout en haut de la liste, il reste un SMS dont le libellé est encore en gras. Un brouillon. Il oriente le téléphone en direction de sa coéquipière.[br][br]

— Tiens lis ça Sanchez[br][br]

Je ne sais pas si je pourrai un jour te pardonner. Je ne sais pas si je pourrai un jour me pardonner. Adieu.

 [br][br]

— Troublant…

 [br][br]

Les deux flics en profitent pour parcourir brièvement les textos échangés avec Julien et Rachel. Ils constatent une quantité impressionnante de messages avec Rachel. Des banalités. Finalement rien de probant dans un sens comme dans l’autre. Puis des SMS de soutien en provenance de différents contacts du répertoire.[br][br]

Toutes mes condoléances ma chérie. Tonio

 

 [br][br]

Tu as tout mon soutien. Appelle-moi quand tu veux. À n’importe quelle heure. Hélène

 

 [br][br]

Dans la douleur, tu peux compter sur moi. J.M

 

 [br][br]

 

 [br][br]

— Aucun message reçu après l’heure de départ du train. Excepté un texto que remarque Sanchez, en provenance du numéro 16487

 [br][br]

Ne fais pas payer aux autres !

 

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Sanchez relève:[br][br]

— 16487, c’est le numéro d’un opérateur. On pourra remonter jusqu’à l’auteur du message j’alerte Loyd pour lancer une requête chez le FAI.. ‘Y a un peu de délai quand même…[br][br]

Puis Tourrié remonte jusqu’au journal d’appels. Dans les appels entrants, on y retrouve les coups de fil de Julien et Rachel tôt le matin. Rien après, sauf plusieurs appels manqués de « Papa portable ». Sanchez fait remarquer qu’il n’y avait eu aucun autre appel contrairement aux témoignages et auditions.[br][br]

— Elle n’a jamais eu d’appel dans le train ! Si elle ment pour ça. Comme elle a menti pour la bombe… Elle peut mentir pour le reste.[br][br]

Tourrié répond :[br][br]

— Elle est perturbée de toute évidence… Pour la bombe elle n’a vraiment pas menti…[br][br]

Le capitaine se remémore que le père d’Élise n’avait pas rappelé justement. Il profite d’avoir le téléphone de celle-ci pour tenter sa chance et avoir l’homme au bout du fil. Vu les circonstances il y a fort à parier qu’il réponde à l’appel de sa fille.[br][br]

— Élise ! Qu’est ce que tu fiches ? Tu es où nom de dieu ![br][br]

— Monsieur Manceno, Capitaine Tourrié au téléphone.[br][br]

Un long silence ponctue la présentation. Le capitaine poursuit :[br][br]

— Votre fille Élise ne viendra pas aujourd’hui…[br][br]

Et l’officier explique le contexte, le meurtre, l’enquête, les agressions, et rajoute :[br][br]

— Nous ne pouvons pas communiquer d’éléments sur une enquête en cours, mais un large faisceau d’indices accable votre fille à l’heure où je vous parle.[br][br]

L’homme à l’autre bout du fil semble dévasté et d’une voix empreinte de chagrin, il bredouille :[br][br]

— Co… Comment ? Ma petite… ? Elle va bien… ?….Rachel… ? Ce n’est pas possible… ? Élise n’aurait jamais pu faire ça à Rachel… Où est Julien ?[br][br]

Le capitaine attrape la perche tendue à propos de Julien.[br][br]

— Nous le recherchons actuellement… Dites-m’en plus sur Julien ? Quelle est son implication ?[br][br]

L’homme parle d’un ton soudainement plus ferme :[br][br]

— L’implication ? Mais si Élise est comme ça…, c’est de sa faute ! J’enterre mon fils aîné dans quelques heures… L’accident c’est de sa faute ! Depuis 6 mois on vit un cauchemar… Elle ne sera jamais heureuse avec un garçon pareil…[br][br]

Et le père submergé de tristesse se met à pleurer :[br][br]

— Tout est de sa faute… ![br][br]

Suite à cet appel, Sanchez entrepose le téléphone d’Élise avec les autres pièces à conviction. Puis le duo reprend le chemin du véhicule pour se rendre au domicile de la victime. Dans la voiture, sur le trajet Tourrié évoque ses réflexions :[br][br]

— Il faut qu’on mette la main sur ce Julien…[br][br]

Sanchez réplique :[br][br]

— J’ai lancé la procédure pour la géo localisation, ça ne devrait pas tarder.[br][br]

Tourrié dégaine le trousseau de clés qu’il avait récupéré dans l’appartement d’Élise et ajoute :[br][br]

— Espérons que l’appartement de Rachel nous en apprenne un peu plus…[br][br]

Après un trajet bien silencieux, la berline des deux enquêteurs arrive à l’adresse indiquée sur le texto de Puig. Sanchez coupe le contact, et le duo se dirige vers l’immeuble pour monter au cinquième. Ils pénètrent enfin dans l’appartement de la victime.[br][br]

C’était un superbe appartement bourgeois. Un agencement bon chic, bon genre. Des matériaux nobles, un design moderne et épuré. Visiblement la victime aimait les belles choses et avait beaucoup de goût. Dans le grand salon ultra-design, la victime était affichée en grand format sur des photos studio en noir et blanc. Rachel était vraiment sublime sur les clichés. Elle tenait une rose entre les dents sur la première photo. On y voit son visage d’ange, son regard espiègle, ses dents impeccables. Sur la seconde apparaît son dos nu, parfaitement éclairé, musclé, tendu. Et sa chute de rein vertigineuse mettait davantage en avant sa plastique séduisante. La troisième était un contre-jour où l’on reconnaissait la victime en train de se parer de dessous délicats. Rachel avait effectivement des atouts physiques indéniables. Elle était plus que photogénique.[br][br]

Tourrié termine son tour d’horizon de la pièce. L’écran plat 55 pouces, le canapé dernier cri en cuir rouge, la superbe cheminée, l’énorme tapis au milieu du salon, la table à manger luxueuse… Tout laisse croire que Rachel Duprat avait de l’argent. Il sort de la pièce pour rejoindre Sanchez qui progresse dans son examen de chaque pièce. Ils pénètrent tous les deux dans le bureau. Son PC était encore allumé. Il n’y avait pas de mot passe. Une bonne raison pour creuser et en découvrir un peu plus sur la victime.[br][br]

Sanchez ouvre instantanément la boîte mail, les répertoires contenant les documents, les photos et vidéos. Elle lit en diagonale la quantité importante de mails stockée sur l’ordinateur. Le lieutenant est très à l’aise avec un clavier. Tourrié s’approche un peu derrière elle et il regarde par-dessus son épaule l’écran qui dévoile la vie de la victime. Sanchez apprécie le rapprochement de son supérieur. Elle le sent respirer sur son épaule, et ne peut s’empêcher de sourire en l’entendant respirer tout près de son oreille. Elle consulte l’écran et constate que la victime entretenait une relation avec plusieurs hommes. Les mails étaient souvent sans équivoque, parfois graveleux et pour certains carrément torrides. Tourrié veut attraper la souris pour parcourir les autres documents, et il pose sa main sur celle de Sanchez. Une vague de chaleur magnétise la jeune femme. Sa main devient moite, son cœur s’accélère. Le visage du capitaine s’approche et elle sent maintenant son souffle sur la joue. Elle tente de ressaisir et d’enlever sa main de la souris pour laisser la place à son supérieur. Mais au contraire, il ne retire pas sa main et fait glisser ses doigts sur ceux de la jeune femme. L’autre main de Tourrié se pose sur son épaule alors qu’il continue de fixer l’écran. Elle est complètement sous son emprise. Hypnotisée par cette nouvelle proximité. Elle tourne la tête vers lui en mordant légèrement la lèvre inférieure. Il la fixe un instant, et ne dit rien. Elle s’approche de sa bouche. D’abord de quelques centimètres. Puis jusqu’à l’effleurer pour lui dérober un baiser. Tourrié se redresse et affiche un petit sourire qui brise la tension sexuelle instantanément.[br][br]

— Tu continues de creuser, je vais terminer la visite. On a peu de temps[br][br]

Perturbée. Elle s’exécute. Elle feuillette rapidement les miniatures des photos dans les dossiers. Mais à quoi jouait-il ? Est-elle allée trop loin ? Elle se reprend, et navigue dans les répertoires. Sur des dizaines de gigaoctets, des clichés d’elle sous tous les angles, dans différentes tenues, dans différents décors, parfois entièrement nue. Une femme narcissique. Rien de bien intéressant. Alors que Sanchez continue d’analyser rapidement le contenu de la bécane, Tourrié poursuit sa visite.[br][br]

Il entre alors dans la chambre à coucher dans laquelle trône un lit à baldaquin avec une parure en soie noire. La tête de lit était un gigantesque miroir en verre fumé. D’ailleurs, cette chambre possède étrangement un nombre incalculable de miroirs. Jusqu’au plafond au dessus du lit. Il examine la pièce, la table de nuit sur laquelle se trouve une petite télécommande, le dressing plein à craquer de robes fluides, de tenues sexy, de tops affriolants. Il continue d’observer et de fouiner, et s’attarde sur la bibliothèque. Une étrange lueur verte vient de s’allumer sous ses yeux. Entre deux livres épais, il découvre un petit caméscope. La victime aimait se filmer au lit ? Il attrape l’objet, contemple à nouveau la pièce. Tous ces miroirs. La télécommande. Il se dit qu’effectivement elle devait apprécier de se voir en plein ébat. Il met sous tension la caméra. Il y avait des heures d’enregistrement. Il lance la lecture des premières secondes de vidéos. Effectivement, on la voyait au lit. Le téléphone du capitaine émet un bip. Il interrompt son visionnage, et regarde son mobile. Il éteint la caméra et appelle sa coéquipière.[br][br]

— Sanchez !!! On vient de recevoir le rapport de l’autopsie ![br][br]

La jeune flic arrive en trombe dans la chambre. Il lui tend la petite caméra. Elle se met à son tour à visionner les premières vidéos puis contemple la chambre.[br][br]

— Une vie sexuelle épanouie… Génial ![br][br]

Tourrié répond sans lever la tête de son téléphone :[br][br]

— On l’embarque au poste[br][br]

Sanchez tente un trait d’humour :[br][br]

— Vous avez vraiment besoin d’un porno amateur Capitaine ?[br][br]

Mais il ne relève pas et le silence engloutit la blague de mauvais goût. Il regardait son téléphone et faisait défiler les pages du rapport tout en restant très concentré. Quand soudain[br][br]

— Ah, intéressant… Dose létale de Kétamine dans le sang.[br][br]

— Capitaine il faut la coffr..[br][br]

Mais le téléphone de Tourrié reçoit un appel qui interrompt Sanchez.[br][br]

— Tourrié. Hmm. Tu peux m’envoyer ça ?…. C’est sûr ?…. OK on va creuser… Merci.[br][br]

Il raccroche et annonce à Sanchez qu’un voyageur vient de déposer son témoignage. Lors de son audition, il confirme que le contrôleur a clairement vu une seringue dans le sac d’Élise. Et que c’est à ce moment qu’Élise est partie en courant.[br][br]

Si le contrôleur confirme cette version et dépose à son tour, ils bouclent Élise sans attendre. Sanchez ferme l’appartement. Tourrié descend en premier et les deux flics repartent en direction du centre hospitalier. Le lieutenant Sanchez toujours au volant ne peut pas s’empêcher de repenser à ce qui s’est produit chez la victime. Puis à tous ces moments où elle avait pu se retrouver seule avec son boss ces derniers jours. Elle jette un œil discret sur son passager. Lui reste toujours les yeux plongés dans son téléphone. Elle en profite pour l’observer. Son charme fou, ses petites rides naissantes de quinquagénaires intello, ses cheveux grisonnants, sa mâchoire franche. Elle se rappelle les quelques moments où il s’était rapproché dangereusement d’elle. Elle se demande, si son attirance est réciproque. Puis l’idée de sortir avec son supérieur lui traversa l’esprit avec des dizaines d’images associées accompagnées d’une montée de désir. Il lève la tête. Elle lance son regard en direction du volant pour ne pas se faire prendre. Et manque la sortie sur le périphérique pour rejoindre l’hôpital. Tourrié le remarque et s’emporte.[br][br]

— Sanchez !! Merde ! Qu’est-ce que tu fous ?[br][br]

— Désolé j’ai pas vu la sortie…[br][br]

Les policiers arrivent avec un peu de retard sur le parking de l’hôpital. Il fallait interroger le conducteur pour valider le témoignage. Il avait probablement vu la seringue, et peut-être même Rachel encore vivante. Son audition permettrait de mettre en lumière de nouveaux éléments qui allaient enfoncer Élise et de boucler l’enquête déjà menée tambour battant. Dans les longs couloirs blancs, les deux flics demandent leur chemin pour se rendre à la chambre du contrôleur. Ils traversent les étages au milieu de cette odeur clinique que ne supporte pas le Capitaine. Arrivés à l’étage, ils repèrent un médecin devant la porte 1010. Sortant justement de la chambre du patient.[br][br]

— Je suis désolé, mais vous ne pouvez pas l’interroger. Il est au bloc. En train de subir une intervention.[br][br]

Tourrié aboie :[br][br]

— Il nous faut absolument l’interroger. Il a vu, su ou entendu des éléments juste avant le meurtre… Des éléments déterminants ! On boucle l’affaire avec son témoignage ![br][br]

Sanchez renchérit :[br][br]

— Et personne n’est en état de parler dans cette foutue affaire…[br][br]

Le capitaine lance un regard noir à sa jeune partenaire. Si elle n’avait pas raté la sortie, ils auraient certainement pu prendre sa déposition à temps, juste avant l’opération. Quelle poisse ![br][br]

Le médecin avance dans le couloir et accompagne les deux enquêteurs en leur expliquant :[br][br]

— Je vais vous montrer les radios, vous comprendrez mieux.

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Dans son bureau le docteur allume le négatoscope, puis pose différentes radios de crâne sur la plage lumineuse.[br][br]

— Voici les radiographies du crâne du patient que vous souhaitez interroger. Vous remarquez les multiples fractures ici, ici, et là ?[br][br]

Tourrié se rapproche, Sanchez regarde attentivement :[br][br]

— Des fractures… Dues au choc ? Mais comment a-t-il pu se faire ça ?[br][br]

Sanchez complète :[br][br]

— C’est Élise ? Avec son petit gabarit ?…. Il a la boîte crânienne en miette ![br][br]

Le médecin apporte son point de vue :[br][br]

— Non, ces fractures sont plus anciennes, et comme vous l’avez pressenti… Elles sont issues d’un choc extrêmement violent.[br][br]

Tourrié pointe du doigt les larges fissures sur la radio de profil puis demande :[br][br]

— Bien plus violent qu’une agression ?….[br][br]

— Probablement un accident… Ou un coup très violent.[br][br]

Le médecin enfonce le clou :[br][br]

— La tache très nette que vous voyez ici est un morceau d’os qui peut se détacher à tout moment de la boîte crânienne et causer de graves lésions. Nous ne pouvions plus attendre. L’intervention était nécessaire. Urgente. Dans quelques heures il remontera de la salle de réveil.[br][br]

Les deux flics reconduits par le docteur sont venus pour rien. La suspecte est encore dans un état inquiétant, et maintenant le contrôleur qui se fait opérer. Le téléphone mobile du capitaine sonne une nouvelle fois. Et il décroche instantanément, un brin agacé.[br][br]

— Tourrié. Oui… Hmm… OK, tu m’envoies ça par mail s’il te plaît.[br][br]

Il raccroche et indique à Sanchez la teneur de l’appel de Puig. Le labo vient d’envoyer le rapport. Le foulard de la victime présente des traces d’ADN du suspect. Sur le briquet on retrouve des empreintes partielles d’Élise et de la victime. Sanchez est remontée à bloc. Il est évident qu’ils peuvent mettre au frais Élise. Tellement de faits, de témoignages, de preuves. Maintenant l’ADN sur un des vêtements de Rachel, l’affaire aura été vite bouclée. Mais c’était sans compter sur la réaction de son capitaine.[br][br]

— De l’ADN sur le foulard… Je trouve ça normal.[br][br]

Sanchez s’impatiente :[br][br]

— Bien sûr que c’est normal ! Elle est coupable ! Allez on la place en garde à vue ![br][br]

Mais le capitaine ne pense pas tout à fait comme son lieutenant.[br][br]

— C’est surtout normal, car elle portait le foulard avant de lui rendre en se disputant. Souviens-toi des rapports d’auditions… On a plusieurs témoins qui confirment.[br][br]

— Mais capitaine qu’est ce qu’il vous faut ? On a la Kétamine, la seringue, le profil complètement barré, le meurtre, l’ADN… Je ne comprends pas ! Dans d’autres cas on…[br][br]

Tourrié l’interrompt :[br][br]

— Ce qu’il me faut ? Des réponses…[br][br]

—…[br][br]

Sanchez est sidérée devant la réaction de son boss et ne trouve plus ses mots. Son visage se ferme instantanément. Le jeune lieutenant est fatiguée. Déçue. Elle ne comprend plus son chef. Comment peut-elle se sentir si proche de lui par moments, et à cet instant précis, ne plus le comprendre du tout. Elle semble s’être repliée sur elle-même. Sanchez essaie de ne pas le montrer, mais elle réellement furieuse. Sans savoir exactement après quoi. Est-ce parce qu’elle veut boucler rapidement une enquête évidente contre l’avis de son supérieur ? Est-ce le fait de ne pas penser comme lui ? Est-ce le fait d’imaginer que des éléments lui échappent encore ? Est-ce le fait de se retrouver planté là sans pouvoir interroger personne ? Est-ce parce qu’elle s’en veut d’avoir raté la sortie ? Peut-être tout ça à la fois. Il était tard. Elle était pâle. Vidée. Ils avaient cravaché toute la journée. Le capitaine propose d’aller manger un sandwich à la cafétéria en bas avant de repartir au poste. Sanchez n’est pas particulièrement emballée par l’idée d’aller grignoter dans cet endroit glauque. Elle a besoin de sortir un peu de cet hôpital. De respirer. Besoin de faire une pause. Plus qu’une pause, une synthèse nécessaire pour l’aider à boucler l’enquête. Encore une fois, elle fait plaisir à son boss, et l’accompagne vers le self.[br][br][br][br]

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