Dans le vif
[br][br][br][br]L’endroit est quasi désert, la nuit vient de donner des allures lugubres au vaste réfectoire. Les chaises encore retournées, les présentoirs sales et presque vides. Les quelques personnes qui mangent ici en silence ont des allures de morts-vivants. L’odeur des plats en sauce lui donne des haut-le-cœur. Elle observe désespérée, les quelques sandwiches disponibles. Ils ont l’air de sortir de gériatrie. Elle ne peut pas masquer sa déception. Elle n’est vraiment pas motivée pour manger ici. Tourrié a l’estomac dans les talons. Mais il remarque la morosité soudaine de sa partenaire. Avaler un club sandwich insipide ne l’inspire pas plus que ça non plus. Et il décide de changer d’avis.[br][br]
— Bon, on laisse tomber. Viens ![br][br]
La voiture de patrouille finit d’avancer lentement pour s’arrêter sur le parking dans la pénombre. Garé entre deux arbres. Elle éteint les feux. Et sort de sa poche un paquet de cigarettes. En propose une à son capitaine qui refuse. Tourrié attrape la poche en papier kraft du fast-food et commence à déballer les différentes boîtes de burgers ainsi que les boissons pour les disposer sur le tableau de bord. Sanchez entrouvre la vitre pour expulser sa fumée. Elle savoure sa clope en silence, bien au chaud dans la voiture. Elle reste muette, encore amère de la fin de soirée, mais rassurée de manger ailleurs que dans cette cafétéria sordide. Elle recule pour se poser contre l’appuie-tête tout en fermant les yeux. Elle se tient la nuque pour se détendre. La journée l’a épuisé. Tourrié lui tend son burger pour qu’elle commence à manger tant que le repas est chaud. Le lieutenant attrape sa part. Elle balance son mégot. Elle a faim et ne se fait pas prier.[br][br]
Le capitaine se met à son aise en reculant au maximum le siège passager. Il aura plus d’espace. Bien calé dans son siège, il mord à pleines dents dans son burger dégoulinant. Tout en mangeant, chacun se repasse mentalement la journée et les éléments trouvés plus tôt. Sanchez reprend des couleurs, ce qui n’échappe pas à son supérieur.[br][br]
— Bon, c’est pas un grand gastro, mais c’est mieux que la bouffe de l’hosto[br][br]
— Clairement ! Capitaine. Mais ça me va ![br][br] Réplique-t-elle la bouche pleine avec un sourire timide. Un peu de sauce restait au bord de ses lèvres alors qu’elle mastique énergiquement la fin de son repas tout en sirotant l’immense gobelet de soda. Tourrié dépose son verre à son tour, se penche vers elle, porte sa main sur la joue de Sanchez pour essuyer à l’aide du pouce les quelques traces de sauces à côté de la bouche de la jeune flic. Au contact de la paume de la main sur sa joue, Sanchez se retrouve une nouvelle fois connectée. Électrisée. Suspendue au toucher de son patron. Elle est une nouvelle fois fébrile, comme lors de ses premiers flirts. Loin de la déception de l’hôpital. Le cœur battant, le regard plongé dans celui de son Capitaine. Tourrié la regarde droit dans les yeux tout en frottant les derniers résidus de sauce.[br][br]
— Quelle est ta vision des choses ?[br][br]
Sans répondre, la brune lui sourit, flattée par le geste de son mentor. Et elle pose la main sur celle de Tourrié. Le pouce du capitaine frôle les lèvres délicates de la jeune femme. Elle expire un souffle chaud et suave, suivi d’un délicat baiser sur le doigt de son supérieur. Puis un autre en faisant lentement rebondir ses lèvres pulpeuses sur le pouce. Alors qu’il dépose son gobelet de soda à côté de lui, elle répond.[br][br]
— Ma vision des choses…[br][br] Et elle s’approche de son supérieur en lui posant sa main sur le genou.[br][br]
—… Je vois une femme perturbée…[br][br]
Il la regarde intensément, et réplique :[br][br]
— Je vois une femme en détresse…[br][br] Et entrelace ses doigts avec ceux de Sanchez. Lascive. Elle s’approche maintenant dangereusement. Elle lui susurre indécemment à l’oreille :[br][br]
—… Une femme qui souffre…[br][br]
Elle passe sensuellement son bras autour du cou du capitaine.[br][br]
Il glisse sa main le long de sa cuisse dans un mouvement voluptueux et répond :[br][br]
—… De l’enterrement de son frère… Une fille paumée.[br][br]
Sanchez l’embrasse fébrilement une première fois sur le nez et murmure :[br][br]
—… De son couple qui va probablement éclater…[br][br]
Il lui rend son baiser, mais cette fois-ci sur la bouche et ajoute dans un souffle torride.[br][br]
—… Il a même peut-être déjà éclaté…[br][br]
Au creux de son oreille, en se mordant les lèvres, elle chuchote :[br][br]
—… Elle semble jalouse… Peut-être… Au point de tuer[br][br]
Puis elle termine sa phrase en mordillant le lobe de son capitaine qui frissonne sous le geste brûlant. Il l’embrasse dans le cou, à chaque baiser elle se rapproche un peu plus pour se presser avec passion à son corps. Le capitaine reprend :[br][br]
—… Elle aimait sa cousine… Mais tout l’accuse…[br][br]
Elle commence à déboutonner la chemise de son supérieur tout en effleurant son torse. La tension monte dangereusement dans l’habitacle.[br][br]
—… Tout l’accuse… Pour moi elle coupable… C’est une mauvaise fille…[br][br]
Elle lance un regard ardent à son boss. Il lui détache les cheveux qui se libèrent et glissent entre les doigts.[br][br]
—… Pas mauvaise, mais perdue… Sans limites… Prête à tout…[br][br]
Alors que la jeune femme poursuit son approche échauffée, elle fait délicatement sauter un à un les boutons de la chemise du capitaine. Elle reprend à voix basse :[br][br]
—… Prête à tout…[br][br]
La petite brune s’attarde dans le cou de son supérieur, exhale son désir au creux de son oreille. Elle se régale de son parfum et jubile en sentant son corps embrasé se rapprocher. Là. Tout près. Il sent le désir l’envahir, alors il la repousse doucement. Peut-être par correction. Peut-être par pudeur. Elle se redresse et lui demande :[br][br]
—… Mais pourquoi ? ![br][br]
Il ne répond pas. Mais la fixe droit dans les yeux. Transportée par l’intensité du regard, emportée par l’instant, elle insiste et couvre son torse de baisers provocateurs. Frôle sa peau de caresses habiles tout en commençant sa descente. Le capitaine ressent la bouche brûlante sur sa peau, le souffle chaud qui parcourt son corps et souligne des gestes plus indécents. Elle commence à se dévêtir et l’embrasse longuement. Follement. Un baiser langoureux, suave et chargé de désir. Il reprend son souffle et lui susurre :[br][br]
—… Pourquoi… ?…. C’est une excellente question… Tout est là…[br][br]
Elle enjambe avec agilité la colonne centrale de l’habitacle pour se faufiler dans une attitude féline et le rejoindre sur le siège.[br][br]
— Pourquoi arrêter le train ?… Pourquoi… Crier à l’accident alors qu’il n’y a rien ?[br][br]
Elle ondule lascivement sur lui dans des mouvements surchauffés. Elle lui pince légèrement la lèvre inférieure avec ses dents, le dévore des yeux et répond dans un soupir ardent.[br][br]
—… Hmm… On peut… Parfois… Faire des choses… Complètement… Folles…[br][br]
Le capitaine lui rend quelques baisers indécents dans le cou. Sa respiration s’accélère. L’instant devient vraiment électrique. Au milieu de la parade charnelle de sa partenaire, il continue sa réflexion[br][br]
— Pourquoi… Hmm… Pourquoi tuer sa cousine qui l’accompagne ? Pourquoi… Se faire remarquer… Après un meurtre ?[br][br]
Il lui redemande :[br][br]
— Pourquoi au lieu d’enterrer son frère… Hmmm… Elle déclenche un bordel monstre ? Pourquoi elle a autant de la Kétamine dans le frigo… ? Hmm… C’est introuvable pour un particulier… ? !… Pourquoi ne pas attendre de descendre du train ?…. Tout aurait si simple en descendant à la gare… Ni vu… Ni connu… ?[br][br]
La jeune femme ne se contrôle plus. Ne l’écoute plus. Elle s’embrase de tout son être. Comme en transe, enflammée par le désir. Un feu ardent la dévore de l’intérieur. Ce fluide chaud qu’elle ressent entre ses cuisses qui la pousse à lui faire plaisir. Se délectant de son parfum, elle débute une lente descente sexy le long de son torse qu’elle ponctue de délicates touches de langues, de petites morsures coquines sur la peau. Arrivée sur ses abdos, elle glisse pour se positionner à genoux, s’incline lentement afin d’entamer une offrande qu’il n’oubliera sans doute jamais.[br][br]
—… Qu’est-ce que tu f… ? Oh… j’aime…[br][br] Elle ne répondra pas, bien trop occupée plus bas.[br][br]
—… Pourquoi… Continue… Elle a un phare tatoué sur la cuisse… C’est quoi ce tatouage ?… Pourquoi son mec ne prend pas de nouvelle… ?… Pourquoi on n’a… Oui… C’est bien… Pas encore localisé Julien ?… Pourquoi Julien… est… introuvaaable….. ?[br][br]
Il renverse le gobelet de soda sur le siège avec son coude. Les glaçons touchent sa cuisse.[br][br]
— Stop !! Stop !! Non ! Arrête ! Je peux pas ![br][br]
Il redresse brutalement la jeune femme, et reboutonne son jeans. Leur quart d’heure érotique vient de voler en mille morceaux. Jamais on ne lui avait ce coup-là. Qui pouvait refuser ça ? Elle ne comprend pas son attitude. Vexée, elle reprend position face au volant en s’affalant en silence sur le siège conducteur. Elle est absolument furieuse. Incontestablement frustrée. Terriblement honteuse. Dans l’incompréhension la plus totale. Qu’avait-elle fait de mal ?[br][br]
Sans pouvoir les maîtriser, des dizaines d’images lui sautent en pleine figure. C’est son premier petit copain qui l’a plaquée au milieu de la cour de l’école. Les moqueries et les regards à la piscine, lorsque adolescente son corps était déjà formé contrairement aux autres. C’est sa première fois avec un abruti qui l’a lâchement abandonné dès le lendemain. C’est sa meilleure amie qu’elle a découverte au milieu de son propre lit dans les bras de son ex. Et maintenant, cette situation humiliante où elle vient de se faire remballer.[br][br]
Sa bouche se dessèche, sa gorge se serre, et les larmes montent. Inexorablement. Ils restent suspendus dans le vide pendant de longues secondes. Le malaise pèse dans l’habitacle.[br][br] Il brise enfin le silence :[br][br]
— S’arrêter aux évidences 99 % des gens peuvent le faire… Où tu ne vois que des faits, je ne vois que des questions sans réponse.[br][br]
Elle ne répond pas immédiatement. Il vient de tout gâcher. Et les seuls mots qu’il trouve à balancer sont des reproches.[br][br]
— Moi j’ai aussi quelques questions sans réponse… Pourquoi vous me faites ça ? [br][br] Sa voix tremble, elle semble très affectée. Elle sanglote et continue :[br][br]
— Pourquoi… Vous jouez avec moi comme ça ?… Pourquoi vous me prenez pour une conne… ?[br][br]
Visiblement embarrassé, il répond simplement :[br][br]
— Je suis ton capitaine.[br][br]
Dans l’obscurité, elle sèche ses larmes en se regardant dans le rétroviseur. Elle repense à ce qu’elle vient de vivre. Elle attrape une nouvelle cigarette, tire une première latte. Mais ne l’apprécie pas. Elle n’a jamais été humiliée comme ça de toute sa vie. En prime, elle est bloquée à côté de lui dans la voiture. Elle doit terminer cette foutue enquête. Comme si ça ne suffisait pas, il fallait qu’elle supporte cette situation encore plusieurs heures. Partir à pied ? À quoi bon ? Elle est coincée. C’est son boss. Le menacer ? Harcèlement ? Elle ne pourrait pas… L’instant est amer pour la jeune femme.[br][br]
Tourrié lui réclame à son tour une blonde. Sanchez complètement sonnée lui donne sans réfléchir. Il y a quelques secondes elle était prête à lui offrir son corps, son cœur et son âme. Alors une pauvre cigarette… Il l’allume et laisse échapper une énorme bouffée par la fenêtre. Il regarde les volutes s’étirer, s’envoler et s’évaporer dans la nuit au milieu du parking. Et il est tout à coup frappé par la caméra de surveillance qui balaye au loin l’entrée du parking. Une caméra… Une caméra ?[br][br]
— La caméra !…. Putain on a oublié de s’occuper de la caméra ![br][br]
Sanchez est encore dans sa rancœur. Elle termine sa cigarette et toujours sans regarder son supérieur, elle attache ses cheveux. Les questions de son capitaine résonnent en elle. Accompagnées des flashs torrides qui repassent en boucle dans sa tête. Et toujours cette scène où il l’a repousse. Où il brise tout. Cette humiliation.[br][br]
— Faut retourner au poste Sanchez[br][br]
Excédée, elle aboie :[br][br]
—… Sanchez… Mais vous pouvez pas m’appeler par mon prénom ?[br][br]
Il se tait. Et ce silence l’enfonce un peu plus dans sa tristesse. Un peu plus dans la douleur. Affectée par la distance qui les sépare à nouveau. Elle demande amèrement :[br][br]
— Qu’est-ce qu’on fait à propos de… ?[br][br]
Laissant la question volontairement en suspend pour que le goujat puisse répondre.[br][br]
—… À propos de quoi ?[br][br]
La jeune femme serre la mâchoire. Vexée. Blessée. Encore un peu plus :[br][br]
— OK, je vois…[br][br]
Furieuse, elle met le contact, allume ses feux, et démarre sur les chapeaux de roue en direction du poste. Le trajet se fait dans un silence absolu. La tension est palpable dans l’habitacle. Arrivée sur le parking du commissariat elle ne peut s’empêcher de laisser échapper sa colère. Elle estime que foutu pour foutu, autant qu’il charge à son tour. Elle attend qu’il s’apprête à descendre et qu’il ouvre la portière pour hurler :[br][br]
— Et Capitaine ! Vous pourriez au moins dire merci pour la p’tite pipe ![br][br]
L’homme voulant éviter le scandale devant les nuiteux qui tenaient le parking, referme immédiatement la porte. Gêné il répond, un ton en dessous :[br][br]
— Nom de dieu !… Sanchez…[br][br]
— Stéphanie… Je m’appelle Stéphanie Putain ![br][br]
Ses yeux se remplissent de larmes.[br][br]
— OK… Stéphanie… Écoute…[br][br]
Le capitaine tente d’apaiser la jeune flic bouleversée. Mais elle ne lui laissera pas le temps :[br][br]
— Des sales types j’en ai connu, mais on me l’avait jamais faite celle-là… On peut dire que je me suis bien faite bais… ![br][br]
Tourrié lui coupe la parole :[br][br]
— Je suis désolé… j’aurai pas dû… je peux pas…[br][br]
Elle bondit de son siège pour le pourrir, mais il continue aussitôt
— Écoute, j’adore travailler avec toi. J’aime bien quand tu es sur le terrain avec moi. Ce soir c’était chaud. Parfait… C’était parfait. Tu n’y es pour rien…
[br][br]— C’est vrai ?[br][br] [br][br]
Il ne relève pas et continue dans sa lancée :[br][br] [br][br]
— Je suis ton boss… C’est vrai… Sortir avec une jolie petite jeune de la brigade pendant le service ça me fait pas peur… Je me fiche de l’avis des autres et du règlement après tout…[br][br]
— C’est vrai ? Mais alors… ?[br][br] [br][br]
Les yeux de la jeune femme brillent à nouveau d’une lueur d’espoir.[br][br]
— Non ! Non bien sûr que c’est pas vrai ! Mais tu hallucines ou quoi ? Par contre, on a une enquête à boucler… Alors tes conneries et tes crises existentielles… Tu peux les garder pour ton mec au lieu de me casser les couilles avec ça ?[br][br]
Elle ne peut pas répondre, blessée par son salopard de supérieur.[br][br]
— Compris Sanchez ?[br][br]
—…[br][br]
— J’ai pas entendu ? C’est compris Sanchez ? ![br][br]
—…Capitaine…[br][br]
Tourrié, pensant en avoir terminé, ouvre à nouveau la portière de la voiture. Mais la jeune femme ne voyait pas les choses du même angle. Sanchez hurle comme une hystérique dans la berline. Ses cris résonnent sur le parking :[br][br]
— NON, MAIS TU TE FOUS DE MA GUEULE ? ! Tous ces regards, ces gestes ! Ce qu’on a fait dans la voiture… ! Tu me fais du rentre-dedans depuis des jours. Des semaines que tu fais ton numéro !… Pour finalement me jeter comme une merde !!![br][br]
Elle poursuit son scandale monumental :[br][br]
— Ah ! Ça pour les regrets t’es en place ! Mais ‘fallait peut-être y penser avant de me la mettre dans la bouche ? ![br][br]
L’explication tourne au règlement de compte :[br][br]
— T’es peut-être mon supérieur, mais ça ne m’empêche pas de penser que t’es qu’un gros tocard. Alors c’est toi qui vas bien m’écouter… VAS-BIEN-TE-FAIRE-METTRE !! OK !! Demain tu as ma démission. Plus jamais tu m’appelles. Tu oublies que j’existe. OK ? ! T’es vraiment qu’une…[br][br]
Il reste quelques secondes sans rien dire. Il la fixe en silence et baisse la tête. La jeune femme conclue :[br][br]
— Casse-toi… CASSE-TOI PUTAIN !!!![br][br]
Le capitaine sort lentement de la voiture. Referme calmement la portière et remonte son col pour se protéger du froid. La voiture s’arrache de la place de parking dans un rugissement à la hauteur de la colère du lieutenant. Le tout, sous les yeux des rares policiers encore en service. La jeune flic se perd dans la nuit.[br][br]
Elle conduisait à une vitesse impensable. Elle passe ses nerfs sur la pauvre berline de fonction. Elle ne peut pas retenir ces larmes. Elle ne peut pas s’empêcher de pleurer, de taper sur le volant de rage. Comment avait-elle pu être aussi conne ? Elle regagne la voie rapide, le moteur hurle. Elle s’insère sur le périphérique, avec une détresse indescriptible. Elle accélère jusqu’au rupteur, la route est dégagée. Pied au plancher. Elle est seule. Elle pousse chaque rapport, comme pour se vider la tête tout en chialant avec l’innocence d’une gamine. Le moteur s’égosille en troisième, elle embraye et écrase la pédale sur le plancher, elle arrive en fond de quatrième. Les panneaux défilent de plus en plus vite, la barrière de sécurité se fond pour devenir une épaisse bande continue. Environ 135 km/h, le moteur gronde, elle passe rageusement la cinquième et continue d’accélérer pour atteindre les 220 km/h. Elle est plaquée au fond du siège avec la vitesse, et aperçoit un radar fixe derrière la rambarde de sécurité, elle continue d’accélérer. Elle se dit qu’après tout, c’est la caisse de son enfoiré de boss. Et le véhicule se fait flasher à une vitesse que peu de civils osent tenter à proximité d’un radar. Ça lui fera les pieds. Elle pousse jusqu’aux limites du véhicule. À plus de 235 km/h. Là, elle commence à se relâcher. C’est à cette vitesse qu’elle est dans son élément. Les deux mains bien sur le volant, rassurée par le bruit de la mécanique qui fulmine, à fixer la route qui défile beaucoup trop vite. Sentir le moteur donner tout ce qu’il a dans le ventre. Sa vie dangereusement suspendue entre les lignes blanches de la route. Avalant les kilomètres à une vitesse fulgurante. Elle repense à Tourrié. Elle se sentait salie, trahie. Les flashs de son désastre érotique lui revenaient. Il l’avait allumé, comme il devait le faire avec d’autres femmes à chaque fois qu’il en avait l’occasion. Ensuite, il l’avait simplement rejetée. Sans état d’âme. Repoussée, comme une moins que rien. Quelle déception. Elle croyait à un début d’histoire d’amour. Elle avait goûté à cette intimité avec lui et il fallait qu’elle oublie tout ça. Monsieur préférant continuer comme si de rien n’était. Prétextant le règlement. Zéro courage ce pauvre type. Par-dessus tout elle s’imagine devoir faire semblant chaque jour. Elle n’y arriverait pas. C’était sûr. Elle était furieuse. Au beau milieu de ses pensées, la sonnerie de son mobile retentit. Le retour à la réalité. Elle lève le pied, puis freine progressivement pour retrouver une allure normale. Elle consulte son téléphone. Un texto de son capitaine.[br][br]
| Récupère-moi. On va à la Morgue. |
— Ça, tu peux toujours t’accrocher ![br][br]
Elle n’avait toujours pas digéré le coup de son boss. Elle n’allait pas revenir vers lui comme ça. Ramper comme une pauvre fille. Hors de question. Elle balance son téléphone négligemment sur le siège passager. Mais celui-ci sonne à nouveau :[br][br]
| Stéphanie. Je suis désolé. On s’expliquera après. Y a du nouveau. On va à la morgue. |
[br][br][br][br]
[one_half last=”no” text_align=”text-align-center”][button link=”http://matthieubiasotto.com/?page_id=976″ target=”_self” shape=”square” size=”large” outline=”yes” color=”black” move=”no” external=”yes”]Page précédente[/button][/one_half]
[one_half last=”yes” text_align=”text-align-center”][button link=”http://matthieubiasotto.com/?page_id=981″ target=”_self” shape=”square” size=”large” outline=”yes” color=”black” move=”no” external=”yes”]Page Suivante[/button][/one_half]
[br][br][br][br]
