Jalouse – Prologue

J

«La jalousie qui vient de l’amour peut s’excuser par sa fièvre.»
Anne Barratin — De toutes les paroisses (1913)

Prologue

Dans la grande majorité des cas, les gens affirment qu’ils ne sont absolument pas concernés. En brandissant le bouclier des certitudes à propos de leur couple, ils se retranchent derrière un déni catégorique, presque touchant et à peine dissimulé. Ceux-là, déclarent haut et fort qu’ils ne sont pas jaloux. Pourquoi pas, après tout.

Certains, plus nuancés, confient naïvement et du bout des lèvres qu’il s’agit là d’une marque d’amour. D’autres prétendent y voir une preuve de discernement, mais rares sont les personnes qui considèrent le fond du problème tel qu’il est réellement : effrayant, passionnel, dévastateur et loin d’être évident.

N’en déplaise aux récalcitrants, le sujet est aussi universel que complexe. Vouloir le réduire au simple fait d’être possessif serait commettre une grave erreur. D’ailleurs, l’individu jaloux le sait mieux que quiconque, il n’y a rien pour retenir l’élu de son cœur. Surtout pas un titre de propriété. Le jaloux aime avec ses tripes, il s’abandonne à un partenaire insaisissable dont la liberté peut tout anéantir en un battement de cils. L’engagement de toute une vie ne tient alors qu’à un fil, un choix. Sur un simple dérapage du libre arbitre, la passion glisse vers la déraison et le paradis ouvre les portes de l’enfer.

Et c’est sans doute ce risque immense, celui de tout perdre dans une terrible impuissance, qui explique pourquoi la jalousie engendre parfois une telle souffrance. Une véritable souffrance. Une souffrance qui rend malade, à en crever.

Elle n’a pourtant pas besoin d’être « maladive » pour s’apparenter sur bien des aspects à un virus. Le syndrome dort en chacun de nous. Qu’on le veuille ou non, on le porte dans nos veines tel un poison. Manifestation silencieuse d’un manque de confiance envers les  autres, mais aussi en soi, le Mal est là, tapi au fond de nous, prêt à ressurgir au moindre faux pas.

Une phrase de rien du tout peut mettre le feu aux poudres. Un changement de comportement ou une distance inhabituelle suffit à éveiller les soupçons. Dès lors, la peur d’être trahie, remplacée ou prise pour une conne dévore tout sur son passage.

À partir de cet instant, on n’est plus la même, on sombre en spéculant sur les fautes de l’autre jusqu’à ce que la vie nous donne raison. Rien n’est en mesure de soulager la douleur provoquée par ces angoisses intermittentes. Il n’existe aucun vaccin, aucune pilule. Le seul remède pourrait être l’illusion du compromis ou du pardon.

Si toutefois on trouve la force d’absoudre l’Autre, qu’en est-il pour soi-même ? Comment ne pas se détester de ne rien avoir vu venir ? Peut-on seulement avoir un tel recul au cœur de la tempête ?

Car en pleine crise, on s’égare, on fouille dans les petits secrets d’un amour pas tout à fait blanc. On cède à l’obsession, on se fait du mal alors qu’en réalité, on cherche désespérément à panser notre cœur de grand brûlé. Sauf qu’il est trop tard. Sous la poitrine, tout est déjà réduit en cendres, tout est ravagé par une fièvre insoutenable. Une fièvre de cheval, à ne plus pouvoir tenir debout.

Du moins, c’est avec le front bouillant, des courbatures, des frissons et les symptômes d’une grippe carabinée que tout a débuté pour Noémie.

Ou plutôt, que tout a recommencé…

 


 

Merci à tous 😉 Rendez-vous jeudi soir (20h30) sur mon profil Facebook pour le live avant le lancement et vendredi 13 pour la sortie officielle en numérique.

A propos de l'auteur

Matthieu Biasotto

Auteur indépendant toulousain, rêveur compulsif et accro au café. J'écris du thriller, du suspense avec une touche existentielle.

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