Encore aujourd’hui

E

Chaque jour recommence. Et la cage se resserre.

Disponible le 7 août

À 7h30, Amaury Claret se réveille dans la même journée.
À 17h15, tout recommence. Quoi qu’il fasse.

Même chambre. Même oiseau gris. Même lumière sur Sète. Et cette certitude sourde qu’encore aujourd’hui, quelque chose va mal finir.

Prisonnier d’une boucle impossible, Amaury tente de retrouver Providence, son protégé, avant qu’il ne soit trop tard. Il connaît les heures. Les lieux. Les pièges. Il croit pouvoir gagner du temps, réparer ce qui déraille, ouvrir enfin la bonne porte.

Mais cette journée n’a rien d’une seconde chance. À chaque retour, la sortie s’éloigne.

Car il y a des cages qu’on construit avec de bonnes intentions.

Encore aujourd’hui est un thriller intime, addictif et bouleversant, où le temps se répète jusqu’à révéler ce qu’un homme n’a jamais su affronter.


Ils sont déjà entrés dans la boucle

« Ce livre m’a habitée pendant six soirées d’une intensité rare. »
— Nadine, lectrice anticipée

« Je ne voulais lire que cent pages. Je suis allée jusqu’à la fin. »
— Patricia, lectrice HN

« Ce roman m’a redonné le goût de la lecture. J’ai eu la sensation d’avoir vécu cette histoire aux côtés d’Amaury. »
— Alex, lectrice bêta

Amaury selon les premiers lecteurs

« Un grand gaillard empêtré dans ses émotions, qui court sauver le monde comme il aurait aimé qu’on le sauve. »
— Karine, lectrice anticipée

« Amaury est aussi attachant qu’insupportable à vouloir tout contrôler. C’est justement ce qui fait qu’on est happé : il est profondément humain. »
— Claire, bêta lectrice

Extrait

I

Chapitre 1

Et merde… Un petit oiseau plus gris que le ciel se pose sur le ciment fissuré. La queue nerveuse, le mouvement sec. Un. Deux. Trois petits sauts sur le rebord du balcon. Il regarde à gauche. Puis à droite. Il picore, insouciant, parfaitement indifférent au mal de crâne qui me cueille de bon matin.

Je pousse un râle dans l’oreiller. Le piaf me fixe sans broncher. Je ne me ferai jamais à ce léger son strident qui ricoche contre mes tempes. Une espèce de bip, presque imperceptible, comme un appareil qu’on aurait oublié de débrancher. Ma main s’abat sur le radio-réveil avant qu’il ait le temps de m’achever les tympans. 7h30, rebelote.

Un courant d’air s’invite dans la chambre. La même brise tiède, chargée de sel, de bois usé et de pêche. Le monde dehors se fraye un chemin par le carreau cassé, celui de la fenêtre forcée au pied-de-biche. En bas, le portail en fer forgé grince au gré du vent. Je l’avais pourtant cadenassé. Plus loin, les mouettes donnent de la voix au-dessus de la criée.

Je quitte mon pieu dans un corps qui grince comme un vieux rafiot. On n’a pas idée d’être aussi raide à 40 balais… Comment veux-tu que je sois dans les temps en ayant mal partout comme ça ?

Mes orteils évitent les éclats de verre sans même y penser. Pas envie de finir plié en deux, souple comme un câble électrique, avec mes lunettes sur le nez, une pince à épiler dans la main et du verre qui croustille dans la voûte plantaire.

Avec la démarche d’un boxeur ayant perdu plus d’un combat, j’attrape mon téléphone sur la commode. À quoi bon appeler ? Ça va sonner quatre fois. Ça va tomber sur le répondeur. Comme d’habitude.

« Providence est occupé. Sans doute la tête dans les étoiles, ou mille choses à finir. Laisse ta voix après celle de Providence. Providence te rappellera. Enfin… si Dieu le veut. »

— C’est… C’est Amaury…

Ma voix sort rauque. Plus inquiète que prévu. La sienne reste solaire, presque poétique, et ça me serre quelque chose dans la poitrine. Un goût métallique me colle à la langue.

— Rappelle-moi dès que tu entends mon appel, s’il te plaît. Et… J’espère que tout va bien, mon grand…

Je raccroche au milieu du couloir saccagé, en sachant déjà que ça ne donnera rien. 7h35. On se magne.

Je redresse la peinture marine qui plaisait tant à ma mère. Impossible de la laisser de travers. Le père Claret en serait malade.

Sous mes yeux, un bordel sans nom. Des boulons qui ne servent plus, des coussins éventrés, des stylos, des vieux chargeurs, des tournevis, des papiers froissés… on dirait qu’une tornade a tout renversé sur son passage à l’étage. Refermant les tiroirs furieusement fouillés et laissés ouverts, je dévale les escaliers jusqu’à la cuisine. Ça me fait toujours mal au bide de voir cette pièce dans un état pareil alors que je l’ai rénovée de fond en comble.

Les placards sont vidés, certaines boîtes défoncées. Ma visseuse et mes outils traînent au sol comme si quelqu’un avait voulu les insulter un par un. Pour ne pas changer, mon téléphone vibre pendant que je redresse une chaise au milieu du chaos. Il y a bien longtemps que je ne me jette plus sur l’appareil avec le mince espoir que Providence soit au bout du fil.

Ce n’est qu’une avalanche de notifications en retard. L’alarme de l’atelier s’est déclenchée dans la nuit. Les notifications sont restées coincées entre les murs épais de la vieille maison et mon sommeil de plomb. Je n’ai rien entendu. Et je sais déjà comment ça va se finir.

La cafetière ronronne pendant que je remets en état ce qui peut l’être. Un coup de balai sur le plâtre éclaté près du salon. Un coup d’œil à la montre. Puis à la vue qui s’ouvre sur le Môle Saint-Louis et son phare têtu planté au bout de la digue. En contrebas, les mâts du port serrent l’horizon. La mer commence juste après. Immense, nette, presque insolente sous le ciel argenté.

Providence a toujours aimé cet horizon, ça lui faisait beaucoup de bien. Du moins, c’est ce qu’il répétait tout le temps… Machinalement, j’attrape plusieurs tasses avant de me rétracter, c’est ridicule.

Un vieux réflexe. Avant, j’en préparais trois sans réfléchir. Aujourd’hui, je bois ce foutu café seul. C’est sans doute ce qui le rend aussi amer.

J’allume ma radio de chantier pour casser le silence. Sète FM remplit le rez-de-chaussée, puis quelques notes de Teardrop flottent dans la maison avec une douceur vaguement clinique. Je file sous la douche.

Brûlante et expéditive.

Une serviette autour de la taille, j’efface la buée du miroir. Un geste sans grande envie, histoire d’examiner cette mâchoire taillée qui mérite un rasage de près.

Je grimace au gré de la tondeuse qui m’offre une mine un peu plus nette. Déjà que j’ai la gueule tannée par les chantiers dehors. Quelques cheveux blancs me rappellent que le temps ne me fait pas de cadeau… Regarde-toi… Le visage sec et massif des Claret. Le nez de mon père. La dureté du grand-père. Merci l’héritage.

Sur les ondes sétoises, le morceau de Massive Attack laisse la place aux infos quand mon regard tombe sur la brosse à dents échouée à côté de la mienne. Une brosse à dents qui n’a plus rien à faire ici. J’aimerais ne plus lâcher ce soupir résigné. Ne plus sentir ce que ça me fait. Ne plus avoir à hésiter lorsque je m’apprête à la jeter. Mais on ne se refait pas. J’abandonne, je n’ai pas la force de m’en débarrasser. 7h40 déjà.

La chroniqueuse se fiche pas mal de mon urgence pendant que j’enfile mon jean brut, mon t-shirt noir, ma surchemise de boulot et mes boots.

« Côté culture : Une bonne nouvelle pour les fans d’Elikya Sensei, et vous êtes nombreux autour de l’étang de Thau, mes sardines ! Le slameur aussi surnommé « le Grand corps malade du Congo » nous concocte une soirée concert au Majestic, le théâtre doit rouvrir très prochainement, comme vous le savez… » 

Je laisse tourner.

Je suis déjà ailleurs.

Dans l’ancienne pièce qui me servait de bureau, la lumière du matin n’arrange rien. Le clic-clac est ouvert. Des fringues ont été arrachées de la penderie. La paperasse recouvre le sol. Le placard du fond bâille, forcé à la va-vite.

D’un pas lourd, je me jette sur le dressing vandalisé, persuadé que personne n’a trouvé le sac noir qui se trouve derrière la colonne de tiroirs. Un genou à terre, je l’extirpe, l’ouvre d’un coup sec. Par excès de prudence ou comme une vieille habitude, je tends l’oreille. Une ombre passe par la fenêtre. Elle est à l’heure. Ma main plonge dans le cash à la va-vite, je récupère une liasse de billets, épaisse. Sans doute trop épaisse.

Je glisse la liasse dans une enveloppe. Le tout regagne la poche de ma veste usée. Reste à traverser la cuisine, le salon sens dessus dessous, et à ouvrir la porte d’entrée bleue avant que Laura ne toque. Trois, deux, un. Maintenant ! J’ouvre.

— Laisse-moi deviner, frangine. Un voyant sur ta voiture ? Tu as eu du mal à démarrer et maintenant, elle ne veut plus rien savoir.

Avec son visage franc et d’habitude nerveux, Laura reste plantée sur le seuil. Les clés dans une main, un sachet plastique dans l’autre. Sa bouche taillée pour couper net cherche une phrase. Ses lèvres fines laissent échapper quelques sons à peine audibles.  

— Mais… Euh… Je…

Désignant son sac de course, j’enfonce le clou.

— Je parie que tu as ramené des tielles de chez Dassé.

Là, le bug est complet. Le vent balaye sa frange claire tandis que mes prémonitions viennent de la gifler. Sa poitrine toute menue laisse échapper un rire sans joie, estomaqué.

Laura est habituellement assez lucide pour ne pas croire les gens sur parole, mais sur le pas de ma porte, elle en a le souffle coupé. Je m’empare en douceur de ses clés, puis passe une main dans son dos pour l’inviter à l’intérieur sans traîner.

— Viens, entre. Mon petit doigt me dit que tu veux bien un café, et que tu as très envie de pisser. Pas vrai ?

Sous ses paupières légèrement marquées, Laura cherche l’arnaque.

— Co… Comment tu sais ? La voiture, ça vient juste de m’arriver. Et les tielles…

— Je sais. Maman en a commandé trop.

Laura me dévisage. Sonnée. Les premières fois, je trouvais ce petit numéro presque délicieux. Encore meilleur qu’une tielle bien chaude de chez Dassé.

Mais on finit par se lasser de tout. Même de deviner l’avenir. Surtout quand l’avenir ne dure que 585 minutes.

Entrer dans la boucle

Sois prévenu de la sortie d’Encore aujourd’hui et reçois occasionnellement mes actualités littéraires.

Je ne spamme pas ! (je déteste ça) Tu peux consulter la politique de confidentialité pour plus d’informations.

Quelques mots avant d’entrer dans la boucle

J’ai passé plusieurs années loin de la publication, même si mes histoires n’ont jamais vraiment cessé de cogner. Je m’étais éloigné de ce moment où l’on accepte enfin de confier un roman à des lecteurs.

Encore aujourd’hui est né à Sète, autour d’un homme persuadé qu’aimer signifie réparer, protéger et empêcher les autres de tomber.

Cette histoire est venue me chercher. M’attraper par le col. J’ai d’abord cru écrire un thriller sur une journée qui recommence. Puis une question plus inconfortable s’est imposée : Jusqu’où peut-on aller pour sauver quelqu’un qui ne nous a peut-être jamais demandé de le faire ?

Ce roman parle du temps, de la culpabilité et de nos meilleures intentions lorsqu’elles finissent par devenir des cages.

C’est avec cette histoire que j’ai choisi de revenir. Je suis heureux (et probablement un peu inquiet) de pouvoir enfin te la confier.

Matthieu

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