Solveig

ย
4e de couverture :
Voilร 4 ans que le matricule 1610 nโa rien dit. Pas un mot depuis son procรจs ayant fait couler beaucoup dโencre en Alaska. Celui quโon surnomme ยซ la Tombe ยป a encore 24ย mois ร purger dans le silence. Sauf que lโombre du passรฉ le rattrape, une sombre menace qui change la donne et nรฉcessite un amรฉnagement de peine en urgence. ร condition que Solveig se soumette aux รฉvaluations de la psychiatre ลuvrant au centre correctionnel.
Une formalitรฉ. Une rencontre. Une lutte.
Le docteur Slater a la rรฉputation dโรชtre redoutable. Sixtine se fait un point dโhonneur ร ne libรฉrer aucun prisonnier avant lโheure. Sans doute une maniรจre pour elle de conjurer les jours noirs qui ont entachรฉs son dรฉbut de carriรจre.
Alors, quand elle se trouve en charge dโun dรฉtenu trรจs particulier cherchant ร taire son passรฉ, elle sโengage personnellement ร ne pas revivre les traumatismes qui la font tant souffrir.
Mais il se pourrait quโau contact de lโรฉnigmatique Solveig, Sixtine prenne le risque de sโenfermer dans la psychรฉ dโun homme dont lโhistoire ne laisse pas indemne. Une fois prise au piรจge, trouvera-t-elle en lui, la clรฉ qui la libรจrera de ses propres chaรฎnesย ?
Extrait
Prologue
Solveig
Aux portes de lโArctique, lorsque la belle saison sโenfuit, le grand jour sโรฉclipse pour ne plus jamais vraiment revenir et nous laisser dรฉmunis. ร croire que le soleil fait semblant de se lever afin de nous offrir un hiver long, implacable et si sombre quโil immobilise nos รขmes. On dirait alors un soir sans fin, une nuit hollywoodienne, une faible clartรฉ รฉtrange entre chien et loup. Et tandis que lโobscuritรฉ rรจgne en maitresse sur ce territoire ร la fois immense et sauvage, le mercure tรฉmoigne de tempรฉratures impitoyables. Il faut avoir la peau dure et un mental en acier trempรฉ pour survivre dans ces conditions polaires. Il y a peu de place pour lโhumain dans les bourrasques violentes qui embrassent cet univers lunaire hรฉrissรฉ de pics neigeux et enveloppรฉ de nuages. Ici, entre torrents glacรฉs et volcans en sommeil, au cลur de lโรtat le plus vaste des รtats-Unis, la nature dicte ses lois et les hommes obรฉissent.
Dans ces contrรฉes perdues, dessinรฉes par les fjords et le permafrost, on croirait mรชme distinguer par moments le pouls souterrain de la planรจte, une menace invisible qui craque jusque dans nos consciences, un battement sourd dรฉlimitant la frontiรจre avec le monde connu. Toutefois, de rares courageux bravent le blizzard et la brume pour observer les aigles royaux sur les crรชtes des glaciers, les grizzlys dans les forรชts ou encore les baleines majestueuses dans le golfe. Ce frisson dโune faune ร la puretรฉ brutale procure de belles images et de jolis documentaires que le reste des hommes regardent bien au chaud. On dit dโailleurs, ร juste titre, que lโAlaska est un joyau, un lieu dโaventures et dโexplorations. Cโest exact, mais cโest sans doute faire abstraction de la part amรฉricaine lovรฉe dans le berceau des autochtones amรฉrindiens.
Je parle dโun petit grain de civilisation qui prend racine dans les basses-terres de la baie de Bristol. De loin, ce bastion ressemble ร un ilot de vie urbaine oรน sโagglutine la moitiรฉ de la population locale. Vu de prรจs, sous un รฉpais manteau blanc, ce nโest rien dโautre quโun petit noyau de la sociรฉtรฉ de consommation rรฉsistant ร la rudesse des jours froids. Quelques blocs de bรฉton ensevelis sous la neige, un ramassis de pickups et de diners aux nรฉons tristes ainsi quโun paquet de cons dont je fais partie : voilร un bon rรฉsumรฉ de cette ville cรดtiรจre rรฉpondant au doux nom dโAnchorage[1].
Le quartier est ร lโimage de lโagglomรฉration, ni beau, ni laid, simplement dโune affligeante banalitรฉ, une sorte de rรชve amรฉricain vendu aux rayons surgelรฉs. Entre les buildings bien moins hauts quโร New York et les pavillons somnolant sous la poudreuse, tout est affreusement ordinaire. Gris. Calme. Lent. Et sans aucune forme de vie. ร lโexception ce matin, de deux ou trois breaks stationnรฉs devant Rapperโs Jack qui trahissent les premiers conducteurs venus trouver du rรฉconfort au fond dโun verre. ร lโangle de ma rue, il y a lโรฉternel fourgon blanc du petit dealeur qui fournit les riverains, parce quโil nโy a rien de mieux ร faire dans le coin. ร plus forte raison quand le mauvais temps sโannonce ร lโaide de nouveaux flocons.
Et lโun dโeux virevolte au-dessus de mon hangar servant de studio, tournoyant vers le lampadaire, dans un silence que seul le mois de janvier peut offrir. Il tombe dรฉlicatement vers le trottoir pour venir se poser sur de longs cheveux roses. Des mรจches pรขles qui soulignent le visage angรฉlique dโune beautรฉ remarquable. Puis un autre atterrit ร la commissure de ses lรจvres charnues, presque sur ses joues creuses. Enfin, un dernier sโรฉchoue sur ses faux cils qui ne battent pas. รtendue dans la neige, on croirait une crรฉature retouchรฉe pour la couverture des magazines. Son sein nu, laiteux et durci par lโair mordant, accueille un nouveau point blanc tandis que son regard vitreux fixe la fenรชtre, lร -haut. En direction dโun homme appuyรฉ contre le rebord, les yeux horrifiรฉs et le souffle court. Et ce type brun qui respire fort dans sa chemise cintrรฉe, ce mec paumรฉ incapable de dรฉtacher son regard de lโaurรฉole rouge, en contrebas, sโรฉchappant doucement de la Belle au bois dormant, cโest moi.
Je me suis toujours demandรฉ quel genre dโhomme je serais face au pire. Dans quelle case jโirais me ranger en situation dโextrรชme danger ou de menace imminenteโ? Quelles seraient mes rรฉactions devant un cataclysmeโ? Est-ce que jโappartiendrais aux raisonnables tรฉtanisรฉs par la lรขchetรฉ ou au contraire, serais-je en mesure dโaffronter lโeffroi, de surmonter lโรฉpreuve et dโassumerโ? Je nโen ai pas la moindre idรฉe alors que ma vie revรชt dโun coup des faux airs dโapocalypse.
Penchรฉ au-dessus du vide, le temps reprend lentement sa course, je sens alors mon cลur paniquรฉ cogner jusque dans mes tempes et dans mon cou ร la vue de ce corps inerte. Pas moyen de me dรฉtacher de la victime, encore moins de rรฉaliser la gravitรฉ de la scรจne. Son bustier est arrachรฉ, ses jambes sont luxรฉes, elle nโa pas criรฉ, sa chute nโa fait quโun bruit grave et sordide. Bor-del-de-mer-de. Elle avait 20 ans. ร quel moment tout est parti en vrilleโ? Je ne sais plus oรน jโen suis. Je ne sais plus ce que jโaurais dรป faire, ni mรชme comment me comporter. Sa vie sโest arrรชtรฉe. La mienne est foutue. Brisรฉe, comme sa nuque. Commentโ? Pourquoiโ? Quโest-ce qui me prendโ? Je nโarrive plus ร rรฉflรฉchirโ!
Je voudrais crier, mais rien ne sort de ma gorge assรฉchรฉe par ce spectacle ignoble. Elle รฉtait magnifique, elle avait toute la vie devant elle et ร prรฉsent ce nโest plus quโun pantin dรฉsarticulรฉ au crรขne fracassรฉ qui git sur le trottoir enneigรฉ. Le temps se fige, mon esprit est pris au piรจge dans le noir. Mes idรฉes se bousculent pour sauter ร leur tour dans le vide du grand nโimporte quoi. Je suis incapable de penser, je pue encore lโalcool et le seul geste qui me vient cโest de mโarracher les cheveux en poussant un soupir incrรฉdule. Je devais juste la shooter. Quโest-ce qui mโa pris de boireโ? Quelle connerie de mettre son comprimรฉ sur la langue pour faire comme elle en boite de nuitโ! Cโest un mauvais trip, je vais me rรฉveillerโ! Ce nโest pas possibleโ! Je veux sortir de ce cauchemarโ! Je veux mรชme sortir de ma tรชteโ!
Mon talon heurte lโun de mes trรฉpieds renversรฉs quand je recule enfin en bredouillant son prรฉnom, comme si รงa pouvait la ressusciter.
โ Savanahโฆ Putainโฆ
Portant ma main tremblante devant ma bouche, je lui demande pardon et cherche ร comprendre comment une sรฉance photo peut ร ce point avoir mal tournรฉ. Dโun mouvement circulaire du regard, je contemple ce gรขchis, mes spots jetรฉs ร terre, mes focales, mes รฉclairages parapluies destinรฉs ร une starlette qui ne brillera plus. Je donnerais nโimporte quoi pour remonter le temps, je voudrais rembobiner et revenir sur la piste de danse, avant de prendre une mauvaise dรฉcision, avant quโelle quitte ce monde. Mais on ne peut pas rรฉparer ce genre dโerreur, il faut en accepter le prix. Je suis seul, atrocement seul pour affronter la suite, reste ร savoir si jโaurai le cran de faire ce quโil y a ร faire. Je nโai pas le moindre dรฉbut de rรฉponse alors quโun bruit de portiรจre couvre ma respiration haletante et que le ronflement dโun moteur provoque un frisson fatal le long de ma nuque. Un tรฉmoinโ? Nom de Dieuโ!
Jโignore si jโhallucine, je ne sais pas si quelquโun a vu la scรจne, ni mรชme si je suis encore sous acide. Tout ce que je sais, cโest que mon instinct me pousse ร reculer encore un peu plus de la fenรชtre, ร laisser mes yeux chuter sur le tรฉlรฉphone rose bonbon qui traine ร terre avant de mโemparer du mien pour appeler les autoritรฉs. Cโest la seule chose ร faireโ: assumer.
โ 911, quelle est votre urgenceโ? Alloโ? Je vous รฉcoute.
Dรฉfinitivement, le dernier rayon de soleil a disparu en moi. Je plonge dans lโobscuritรฉ en cherchant lโoxygรจne qui me manque. Ma trachรฉe se comprime dโun coup, chaque cellule de mon corps cherche ร retenir ce que je mโapprรชte ร dire. Pourtant, je parviens ร murmurer lโessentiel dans un souffle asphyxiรฉ.
โ Jeโฆ Je lโai tuรฉe.
[1] Se prononce ยซโAnkorageโยป pour les initiรฉs.
CHAPITRE 1
Solveig
ยซโJe lโai tuรฉeโยป ce sont les derniers mots que jโai prononcรฉs. Jโai cessรฉ de parler quand les lampes torches des policiers ont tranchรฉ mes tรฉnรจbres. Je me suis rรฉfugiรฉ dans le silence lorsquโon mโa mis ร genoux en me ligotant comme un animal dangereux. Pas un mot nโest sorti de ma bouche dans la neige, face aux gyrophares et au voisinage mรฉdusรฉ, ni mรชme lorsque jโai รฉtรฉ รฉcrouรฉ. Je me suis tu face ร mon ami et avocat, Kyle aurait pu assurer ma dรฉfense, mais je nโen voulais pas. Inconsciemment, je voulais รชtre broyรฉ par le systรจme judiciaire, sans aucun traitement de faveur afin de me racheter une conscience. Peut-รชtre que jโavais besoin de payer le prix fort pour laver mon รขme.
Quoi quโil en soit, je nโai plus rien dit, ร lโexception de ยซโcoupableโยป devant la Cour et les parents de Savanah, juste avant les trois coups de maillets. Parfois, jโentends encore ce son grave rรฉsonner dans la salle dโaudience me condamnant pour homicide involontaire. Il y a des jours oรน รงa me fait pleurer alors que jโespรฉrais quโavec le temps, รงa ne me fasse plus aucun effet. Je revois encore le juge annoncer le chef dโaccusation, ยซโSecond-degree Manslaughterโยป, je devais prendre quatre ans ferme, mais jโen ai รฉcopรฉ six, sans broncher. Lโaffaire Savanah Cayle nโest pas un banal fait divers. La mort de la fille du gouverneur nรฉcessitait une sanction exemplaire et je lโai acceptรฉe. De toute faรงon, ma vie venait de basculer de maniรจre irrรฉversible. Et puisโฆ il le fallait.
Ce jour-lร , je mโen souviens comme si cโรฉtait hier, le froid des menottes mโavait surpris, mais je crois quโon sโhabitue ร tout. ร se mettre ร poil devant un uniforme, ร tousser accroupi. On se fait peu ร peu aux mลurs de la prison correctionnelle, ร la violence, ร la solitude, ร la perte de repรจres et dโidentitรฉ pour nโรชtre rรฉduit quโร un numรฉro de cellule ainsi quโun matricule. On prend le pli, on prend le pas, on prend le temps. De se refaire le film dโune journรฉe oรน tout sโest arrรชtรฉ, puis ร ne plus le refaire pour cesser de se torturer et digรฉrer ses choix. Des choix qui conduisent ร perdre son humanitรฉ pour plusieurs annรฉes, sans doute pour toujours, qui saitโ? Voilร quatre ans que je ne suis plus photographe, que je ne suis plus rien, simplement ยซโ1610โยป. Une rรฉfรฉrence, une statistique pour lโadministration carcรฉrale, un numรฉro que les matons aboient du soir au matin. Sauf ce mois-ci, en ce qui me concerne.
Pas de parloir, pas de promenade, pas de sport, ni de corvรฉe de lessive, et encore moins de codรฉtenus sur un matelas jetรฉ ร mรชme le sol. Ma seule distraction est dโobserver la buรฉe que jโexpire en claquant des dents, les yeux rivรฉs vers un stupide triangle de ciel gris. La seule ouverture vers le monde extรฉrieur dont les condamnรฉs en isolement disposent aux confins de la prison dโรtat de Spring Creek.
Lors de mon transfert ici, quand jโai aperรงu au loin le pรฉnitencier ร travers les grilles du bus, je me suis fait la rรฉflexion que lโรฉtablissement ressemblait ร une colonie de vacances avec son toit bleu. Mais en me rapprochant, la vue des murs dโenceinte surmontรฉs de barbelรฉs, les miradors et les hommes armรฉs mโont vite rappelรฉ que purger ma peine ne serait pas une sinรฉcure. Dans cet enfer, il faut filer droit, raser les murs, sous peine de sโattirer un paquet de problรจmes et de finir comme moi, dans le bรขtiment D. Enfermรฉ pour quelques semaines derriรจre une porte blindรฉe et courber lโรฉchine dans 9 mรจtres carrรฉs, la punition extrรชme ร ce quโon dit, je mโen accommode, cela dit. Je nโai pas ร entendre les autres palabrer ni se confier, avec ce sรฉjour au mitard, je nโai pas ร supporter leur รฉtat dโรขme, cโest dรฉjร รงa.
Quelquefois, je me hisse sur la pointe des pieds pour apercevoir un bout de montagne, cette vue รฉtroite me rappelle ma vie dโavant, mais รงa ne me tire plus aucune larme maintenant. Dans cette cellule, jโai un peu perdu la notion du temps, mรชme si je raye le bรฉton rรฉguliรจrement. Je tente de me repรฉrer avec les plateaux-repas, difficile de compter quand le jour ne se lรจve pas, et puis รงa fait mal aux doigts de graver la pierre gelรฉe. Je soupรงonne la direction de diminuer le chauffage dans le quartier de haute sรฉcuritรฉ si bien que jโoccupe mes journรฉes ร faire des abdos, ร marcher en rond, ร me rรฉchauffer avec des sรฉries de pompes quand mon รฉtat me le permet.
Et justement, le tintement des clรฉs des gardiens sโinvite dans mes pensรฉes. Le cliquetis grave rรฉsonne contre les murs lรฉzardรฉs et un maton se prรฉsente devant la porte. Accompagnรฉ du ยซโJapโโยป โโle toubib de service mordant invariablement dans un hotdogโโ et de Davis, le seul gardien que jโapprรฉcie ici-bas. Postรฉ en tรชte du trio, le bulldog un peu roux et bedonnant que je ne connais pas, mโaboie dessus.
โ Face au mur du fond, dรฉtenu 1610โ!
Docile, je mโexรฉcute puis on me saisit les poings sรจchement pour attacher mes mains dans le dos avant que lโacier ne me cisaille les chevilles.
โ Tourne-toi.
Le mรฉdecin aux yeux bridรฉs mastique sa derniรจre bouchรฉe, enfile ses lunettes ainsi que ses gants sous le regard imperturbable des deux gardiens. Davis tient un pรจse-personne รฉlectronique et garde une main sur son arme ร la ceinture, je trouve son attitude bizarre. Il se fait violence pour ne pas croiser mes yeux et jโaperรงois furtivement mon visage creusรฉ dans le reflet des montures du Japโ. Jโy vois ma gueule endurcie par la force des choses et rongรฉe par une barbe nรฉgligรฉe. Le mรฉdecin ouvre ma combinaison jaune et dรฉvoile mon torse avant de plisser les yeux et de laisser รฉchapper un rictus รฉtrangement satisfait. Il dรฉglutit et hoche la tรชte tout en sโemparant de son formulaire.
โ รa cicatrise, cโest bien. On dirait que tu as eu chaudโฆ
Lentement, je mโautorise ร baisser les yeux pour observer mes cรดtes constellรฉes dโecchymoses et cette suture au centre dโun hรฉmatome virant au jaune. Ses doigts couverts de latex me palpent sans douceur alors quโil mโausculte.
โ Tu as encore malโ?
Face ร mon silence, il griffonne sur son dossier puis lรจve la tรชte vers moi en se dรฉvissant la nuque tant je le dรฉpasse.
โ On a la peau dure, ร ce que je vois. Tu vas pouvoir retourner avec les autres.
Cette nouvelle ne mโenchante pas des masses, Davis le sait. Je musรจle mon apprรฉhension de revenir dans le bรขtiment B dรฉdiรฉ aux longues peines alors quโil rรจgne ici une atmosphรจre anormale. Le Japโ sourit sans que je comprenne pourquoi puis il tapote mes รฉpaules en me donnant lโimpression de jauger mon envergure.
โ Regardez-moi cette carrureโ! Je vous lโavais dit, les gars.
Je reste muet alors que le mรฉdecin dรฉgaine un billet de 20 dollars et sโadresse ร ses collรจgues en me donnant lโimpression de les narguer.
โ On va le peser pour en avoir le cลur net. Sortez le fric.
Davis remet la balance au toubib qui la place ร mes pieds tandis que le rouquin reste aux aguets et extirpe de sa poche lโargent demandรฉ. Jโignore ce quโil se trame, mais jโobรฉis, telle une bรชte de foire sur laquelle on parie.
โ Et voilร โ! Jโen รฉtais sรปrโ!
Heureux comme tout, le mรฉdecin frappe dans ses mains et crie victoire.
โ 87 kilos de musclesโฆ On aboule la monnaie, les mecsโ!
Le premier gardien rรขle comme un voleur, Davis, bon joueur, paye rubis sur lโongle, et le chauve quitte la piรจce en concluant tout haut.
โ Jโai lโลil, je vous avais prรฉvenus. Davis, tu le ramรจnes dans le bloc B.
Avec un cynisme surprenant, le Japโ compte ses biffetons dans le couloir, suivi du roux qui mโadresse un regard noir, furieux dโavoir perdu 20 balles en misant sur mon poids. Une fois seul, Davis secoue la tรชte et referme ma combi.
โ Mโen veux pas, La Tombe.
En employant le surnom quโil mโa lui-mรชme trouvรฉ, il sait pertinemment quโil nโaura pas la moindre rรฉponse. Mรชme si je nโen pense pas moins.
โ Me regarde pas comme รงa, cโรฉtait juste un pari dรฉbile entre nous.
Je veux bien le croireโฆ Avec ses cheveux coupรฉs ร la tondeuse, ses joues bien rasรฉes et son regard tendre, il nโa pas mauvais fond. Cโest le genre de gars qui ne ferait pas de mal ร une mouche, et qui sโest rabattu sur un boulot de merde parce que รงa paye les factures. Fermement, il me pousse vers la sortie puis soupire dans le couloir tandis que jโavance ร pas rรฉduits dans le tintement mรฉtallique de mes chaรฎnes. Le chahut lointain se prรฉcise devant les grilles du sas et Davis prรฉsente son badge tout en reprenant.
โ Je sais que tu nโy es pour rien, maisโฆ essaie de rester en vie et de ne pas retourner en isolement, cette fois.
Les hurlements des dรฉtenus รฉcrasent mon silence, tout comme les bips stridents, les sirรจnes assourdissantes et le grincement sordide des barreaux. Changement de bloc et dโambiance. Les types en cage lรขchent des cris de rage et des menaces, alors que mon cลur sโemballe. Ici, lโair est รฉpais, รงa pue la sueur et la testostรฉrone, un parfum de violence qui plane sous les nรฉons et va fatalement me rattraper. Devant ma cellule, Davis desserre ร nouveau les mรขchoires.
โ Tโaurais dรป me dire que les Numbers voulaient te planterโฆ
Je reste muet, de toute maniรจre le mal est fait. Ce serait trop long ร expliquer et je nโai toujours pas envie de parler. Il mโรดte les menottes devant ma piaule et murmure ร mon oreille en me guidant ร lโintรฉrieur.
โ Fais gaffe ร toi. Je ne peux plus te protรฉger. Jโai le chef sur le dos en ce moment.
Retenant mon souffle, plus seul que jamais, je lโobserve refermer mon antre et lui adresse un signe de la tรชte pour simplement valider cet รฉtat de fait. Son regard dรฉsolรฉ mโabandonne, puis il reprend son rรดle de maton, en cognant avec sa matraque sur les barreaux des cellules voisines afin dโobtenir un semblant dโordre.
Il me reste ร encaisser la nouvelle, ร faire profil bas, ร survivre jusquโร la fin de ma peine. Rรฉprimant un nลud au creux de lโestomac, je masse ma nuque, je peux presque sentir le poids du nombre 21 tatouรฉ ร cet endroit-lร . Il me faut digรฉrer le fait dโรชtre plus que jamais en danger. Je ne suis pas comme eux, je nโai pas de sang sur les mains contrairement ร mes voisins. Je dois ravaler ma peur, accepter mon sort comme jโai acceptรฉ de croupir ici sans avoir commis le moindre crime.



Bonjour
J’ai achetรฉ le livre la pelote de laine.
Je suis dans l’impossibilitรฉ de le rรฉcupรฉrer.
Le problรจme c’est que nous sommes en aoรปt et mon point relais est fermรฉ.
Je l’ai donc envoyรฉ sur un autre magasin mais qui est fermรฉ suite ร une descente de police…
Bien cordialement
Colette Lรฉtain
Bonjour Colette, je suis dรฉsolรฉ pour tes difficultรฉs. Malheureusement, je n’ai pas la main sur les colis en point relais. Il faut te rapprocher de La Poste / mondial relay avec ton numรฉro de suivi, peut-รชtre pourront-ils te rรฉpondre et apporter une solution satisfaisante ?