La Pelote de Laine Chapitre 19

L

L’ennemi n’est pas celui qui te fait face, l’épée à la main. C’est celui qui est à côté de toi, le poignard dans le dos.

Paulo Coelho

Oh… je t’en supplie, ne me regarde pas comme ça, je sais que je n’ai pas le beau rôle. J’ai conscience que tout ce que je te livre est dur à digérer et que les chapitres qu’on vient de traverser minent le moral. J’ai le cœur pincé, je vois bien ton œil fatigué et l’expression inquiète sur ton visage. Ce petit air qui signifie « jusqu’où ça va aller ? », je peux même sentir le poids sur tes épaules quand tu tires doucement sur la laine rouge. Pourtant, je vais te demander de faire preuve d’encore un peu de courage, car la vérité fait mal, mais elle est aussi la seule clé pour se libérer. Alors, avant d’enchaner sur les bonnes nouvelles, il me faut t’inviter à dénouer quelques mètres de laine qui sentent encore la poudre, le chaos et les mensonges.

Concernant l’Ukraine, je pourrais évoquer les tonnes de vivres transportés par les convois humanitaires russes, les civils en pleurs remerciant les soldats dans les zones libérées. Je pourrais te décrire sur des dizaines de pages les atrocités commises par les milices Azov et Secteur Droit infligées aux populations durant le conflit. Tu vois, je ne mets même pas les sources tellement j’en ai et tant le débat est ailleurs.

Oui, je pourrais te parler des tactiques barbares appliquées par ces mêmes « héros » qui consistent à utiliser la population comme boucliers humains face aux tirs russes, preuves et vidéos à l’appui. J’aurais tant à dire sur le « massacre de Boutcha » et sa mise en scène. Je pourrais te mettre des gigaoctets d’images de civils ukrainiens scotchés sur des poteaux et tabassés (c’est à se demander s’il reste encore du scotch en Ukraine) par ces mêmes nazis.

Je pourrais te parler des tortures, des hommes brûlés sur une croix, des soldats capturés aux rotules froidement réduites en bouillie par balles, mais l’Histoire le fera bien mieux que moi dans quelques années. De toute façon, l’intérêt de ce chapitre n’est pas sur la ligne de front, ensemble, nous menons une tout autre bataille.

Depuis le début, en tirant sur notre fil rouge, on ne cherche qu’une seule chose, toi et moi : apercevoir ce que l’Élite tient à enfouir profondément. Si profondément que ceux qui nous dirigent n’hésitent pas à ensevelir leurs secrets sous le sang de tous ces Slaves morts dans un jeu de dupes.

De toi à moi, je te pose une simple question : est-ce que l’hystérie qui nourrit l’hostilité du « monde moderne » envers les Russes n’interpelle pas ton intuition ? En tout cas, elle a tout de suite heurté la mienne. Au moins autant que lorsque j’entends que la France achemine quelque 615 tonnes d’équipements à l’Ukraine et que les livraisons vont s’intensifier, au risque que notre pays devienne cobelligérant. Il paraît que ce sont des « armes défensives », j’imagine qu’elles doivent tuer moins fort ou plus proprement, pas vrai ? Toujours est-il que j’estime que notre grand E. Macron joue avec le feu sans avoir les épaules (ni les capacités intellectuelles) pour se frotter à d’autres, bien plus grands.

Mais puisque le récit officiel nous raconte l’histoire d’une Russie violant la souveraineté ukrainienne, je suppose qu’il faut, ce qu’il faut. « C’est l’honneur de la France » et de l’Europe, après tout, un peu de panache, nom d’une licorne ! Le mécanisme coercitif envers l’oppresseur étant déjà enclenché, regardons de plus près ce qui est en train de se passer sous nos yeux jusqu’ici hypnotisés :

Derrière les manœuvres politiques américaines ainsi que les provocations de l’OTAN (qui a déjà formé 80  000  soldats de l’armée uainienne depuis 2014), se sont enchaînées un nombre phénoménal de sanctions à l’encontre du grand méchant loup :

  • interdiction du commerce des armes,
  • interdiction de financement public ou d’aide financière pour le commerce ou l’investissement en Russie,
  • interdiction d’investissement et de contribution à des projets cofinancés par le Fonds russe d’investissement direct,
  • l’interdiction d’exporter des biens à double usage ainsi que des articles de haute technologie pouvant contribuer aux capacités de défense et de sécurité de la Russie,
  • interdiction des exportations d’informatique quantique, de semi-conducteurs avancés, de machines sensibles, de moyens de transport et de produits chimiques,
  • interdiction de diffusion dans l’UE de certains médias russes appartenant à l’État,
  • interdiction d’exporter des marchandises destinées à l’industrie pétrolière,
  • interdiction de nouveaux investissements dans le secteur de l’énergie,
  • interdiction de certaines opérations dans le secteur de l’aviation,
  • interdiction aux opérateurs de fret russes,
  • interdiction d’accéder aux ports de l’UE,
  • interdiction des exportations de marchandises de navigation maritime,
  • interdiction d’exporter des produits de luxe,
  • interdiction d’importer du charbon,
  • interdiction d’importer du fer et de l’acier,
  • interdiction d’importer du ciment, des produits en caoutchouc, du bois, des spiritueux, de l’alcool, des produits de la mer haut de gamme,
  • l’interdiction du financement du gouvernement russe et de la Banque centrale ainsi que l’interdiction de toutes les transactions liées à la gestion des réserves et des actifs de la Banque centrale,
  • des interdictions sur une série d’interactions financières, de services de notation financière et de transactions avec la Russie, ainsi que des interdictions sur la fourniture de billets de banque et la vente de titres,
  • découplage de certaines banques russes du système de messagerie SWIFT,
  • interdiction de fournir des services cryptographiques et des services de confiance de grande valeur,
  • exclusion totale de la Russie des marchés publics et de l’argent européen.

Aux grands maux les grands remèdes, sans avoir peur du ridicule, nous avons saisi des villas et des bateaux russes en France, exclu la Russie du prochain mondial de football (si toutefois il aura lieu), mis au ban les sportifs aux jeux paralympiques, exclu la Russie de l’Eurovision. Tous les constructeurs automobiles se sont retirés du camp ennemi (sauf Renault), nous avons même exclu les chats russes des compétitions internationales félines, c’est dire avec quelle détermination on tient à s’écraser contre le mur de l’absurdité.

Tu le sais, les journaux le matraquent assez, le train de sanctions adoptées est de l’ordre du « jamais vu auparavant », on fait la fine bouche sur le gaz et le pétrole russe, une stratégie censée porter un coup fatal à la Russie, selon Biden.

Quant à notre Mozart de la finance française, il nous l’a assuré le 24 mars 2022 « L’économie russe à l’heure où je vous parle est en cessation de paiement, sa monnaie a dévissé, son isolement est croissant ». L’économie russe doit donc théoriquement souffrir à l’agonie, le hic, tu vois c’est qu’entre la théorie et la réalité, il y a un monde Poutine.

Très intelligemment, Vladimir au Kremlin a exigé, pour lutter contre la dépréciation du rouble induite par les sanctions, que les exportations de ses produits vers les pays « inamicaux » soient payées en roubles. La valeur du rouble remonte, ce qui rend fous furieux les Américains parce que cela tend à remettre en cause le monopole de l’USD pour les transactions internationales. Si demain, l’habitude se répand que les grandes transactions internationales soient payées en yuans, en euros, en roubles ou en yens, c’en est fini de l’avantage américain. Et c’est inacceptable, parole de ricains !

Ils font donc le forcing auprès des Allemands et des Français pour refuser cette modalité, et devine qui va nous vendre du gaz de schiste dégueulasse maintenant ? Engie passe commande, tandis que l’euro et le dollar n’ont jamais été aussi faibles face au rouble :

À l’heure où je t’écris, le rouble est la monnaie la plus performante des quatre derniers mois de 2022 : après avoir atteint son plus haut niveau depuis deux mois selon Bloomberg avec une progression de 11 % par rapport au dollar américain.

Poutine qui n’a pas froid aux yeux continue sa partie d’échecs, le gouvernement russe a déjà présenté à la Douma un projet de loi visant à nationaliser les entreprises étrangères qui cesseraient, même momentanément, de travailler en Russie. Et tu sais quoi ? Là-bas, Renault est dans la tourmente, sur le point de vendre Lada pour 1 rouble symbolique. Personne ne savait jusqu’alors que Mozart jouait du pipeau à un tel niveau.

Nos champions français sont donc menacés si on s’entête à rester sur la ligne suicidaire euro-étatsunienne. Inutile d’être devin pour saisir que petit à petit on va perdre à la fois notre CA et notre capital sans que notre propre État ne nous défende, de peur de froisser les Américains. Mais quand nos entreprises feront faillite, devine qui va nous « sauver » avec de bons vieux dollars pour nous racheter ? Je peux déjà voir Larry Fink de BlackRock sourire…

Du coup, je te pose une autre question, et si tout ce théâtre répondait à des calculs bien plus sombres qui se lient à merveille avec notre pelote de laine ? Qu’est-ce que tu en dis ?

Parce que vu d’ici, j’ai comme l’impression que nous sommes en première ligne, juste de la chair à canon et que les États-Unis se contentent d’avoir mis le feu aux poudres, puis d’alimenter le conflit sans prendre le moindre risque. Ce qui me pousse à réfléchir tout haut en tirant sur notre fil rouge :

Et si les Américains n’étaient pas nos amis, mais des prédateurs qui n’attendent que notre chute ?

Si on observe froidement les choses, il faut se rendre à l’évidence, les ricains ne sont pas tendres avec leurs alliés. Moi qui ai été biberonné aux séries américaines, à base de héros du FBI, d’interventions musclées de sections spéciales, de SWAT, ou de films de guerre narrant des « opex » avec des explosions, des musiques qui te collent des frissons et des effets spéciaux dans tous les sens… je suis redescendu de mon petit nuage en creusant un peu.

L’Amérique c’est avant tout une histoire de mensonges, il suffit de regarder les quelque 300 traités signés par les tribus amérindiennes pour comprendre la rhétorique et les promesses du gouvernement américain, puis réaliser comment elles n’ont jamais été honorées.

Quand tu penses qu’initialement en aout 1944, le plan du général Dwight D. Eisenhower était de contourner Paris, et que ce sont les Français qui lui ont finalement forcé la main, ça remet déjà les choses en perspective, merci de Gaulle.

Au cours de l’histoire, les Américains n’ont pas hésité à trahir puis ruiner leurs propres alliés. Tu prends l’Iran, on sait qu’en 1953 le Premier ministre de la République d’Iran, Mohammad Mossadegh, était renversé par un coup d’État soutenu par les États-Unis (CIA) et la Grande-Bretagne. Le Chah d’Iran faisait alors son grand retour, mettant en place un régime autocratique avec l’appui de Washington. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont des documents de la CIA. Et à l’époque du président Jimmy Carter, les Américains ont tout bonnement décidé de le renverser en 1979 et de le pousser à l’exil. Les « alliés » étatsuniens auraient craint les velléités d’indépendance trop marquées du monarque (refus de baisser les prix du pétrole, souhait de se doter de l’arme atomique), et choisi de le remplacer par son opposant numéro un, l’ayatollah Khomeini, histoire de garder l’Iran et son pétrole sous le giron amerloque. L’Iran aujourd’hui est dans un sale état, pliant sous le poids d’une récession sévère.

Idem pour Sadam Hussein, l’oncle Sam n’a pas eu de remords à l’aider pour gazer l’Iran, avant de le renverser en temps utile, un autre exemple de la traitrise américaine.

Le 5 février 2003, devant le conseil de sécurité des Nations Unies, Colin Powell présente un dossier sur un programme de fabrication d’arme de destruction massive. Il fait défiler des images de camions qui seraient des prototypes de laboratoire mobile de recherche biologique, des photos satellites qui représenteraient des usines d’armes chimiques. Pour appuyer son propos, il brandit même une capsule d’anthrax. Tout est faux, ce n’est qu’un prétexte pour envahir l’Irak.

Obama avec son sourire et son air trop sympa, est un autre exemple éclairant. prix Nobel de la paix d’une classe inouïe qui te fait oublier le sang sur ses mains, alors que son bilan c’est 3 bombes par heure dans le monde en 2016.

En septembre 2019, alors que l’Australie nous avait commandé 12  sous-marins français pour 56 milliards d’euros, on se fait planter un couteau dans le dos par les Américains sans broncher.

Mais de l’autre côté de l’Atlantique, la guerre, tu vois, c’est quelque chose de sérieux, un business dont le budget est fixé à 768,2 milliards  $ pour 2022. Autant te dire que lorsque l’Allemagne augmente son budget militaire à 100  milliards, pour faire ses courses aux USA, les ricains se frottent les mains. Et quand la grande Amérique envoie de l’équipement à l’Ukraine, ils ont bien l’intention de recouvrir leurs frais.

On sait que la Russie dispose d’un matelas financier assez solide, elle détient dans ses coffres la cinquième réserve d’or au monde et s’assoit sur un fonds souverain bien doté. Mieux encore, Poutine peut compter sur la Chine qui s’est abstenue de condamner la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Une Russie qui joue désormais un rôle central dans le BRICS (Brésil Russie Inde Chine Afrique du Sud), un système financier et économique qui englobe 45 % de la population mondiale ainsi que deux tiers de la croissance de la planète.

Tu en as déjà entendu parler, la Chine mène actuellement une politique drastique « Zéro Covid » pour « lutter » contre le variant Omicron, notamment sur la ville de Shanghai. Les 25 millions d’habitants subissent une intervention étatique brutale du Parti communiste chinois qui multiplie des confinements durs menant la ville à l’arrêt. Ce qui fait que le port de Shanghai, point névralgique de l’acheminement mondial, est régulièrement saturé, avec des centaines de bateaux à l’arrêt qui attendent de pouvoir charger ou décharger leurs marchandises. En atteste cette carte datant du 18 avril 2022 :

La question du ralentissement à l’échelle mondiale se pose, des problèmes de pénuries se profilent déjà, adossés à la hausse de l’inflation. Sans parler des tensions autour de Taïwan qui rythment l’actualité.

Le FMI (Fonds Monnétaire International) redoute une « onde sismique » et a annoncé le 19 avril dernier avoir réduit ses prévisions de croissance mondiale en raison de l’impact direct ainsi que des retombées de la guerre en Ukraine. Il a également averti que l’inflation représentait désormais « un danger clair et bien présent » pour de nombreux pays.

La Chine espère une croissance de 5,5 % en 2022, mais il s’agit du taux le plus faible depuis 1991, les Chinois consomment peu en ce moment, ils ont du mal à s’acheter un logement et s’inquiètent pour l’avenir (tu m’étonnes…). Alors, je me demande juste si cette posture adoptée par le plus redoutable allié de la Russie n’est pas une forme de guerre silencieuse qui vise à nous étrangler. Quoi de mieux que de prétexter l’intouchable Covid aux yeux des médias mainstream pour dissimuler une lente asphyxie du monde occidental alors que nos gouvernants sont déjà assez stupides (ou corrompus) pour s’être tiré une balle dans le pied ? D’autant que la Russie et la Chine développent conjointement des armes pour détruire des satellites américains. Ce n’est qu’une théorie et j’espère tellement me tromper.

Mais à ce stade de la pelote, entre l’avènement de l’euro et de l’identité numérique, l’agenda du World Economic Forum et les efforts coordonnés des milliardaires pour nous faire subir toutes les misères, tout laisse à penser que nous sommes à l’aube de la fin d’un cycle et que l’Europe sera méthodiquement dépecée si nous laissons faire.

Et c’est peut-être là, dans les tout derniers mètres de fil rouge, que nous allons devoir démêler une espèce de destruction-créatrice, comme l’appellent les économistes, ou simplement la nouvelle page d’un nouveau chapitre… À moins que tout ceci ne porte un nom : Full-spectrum dominance.

Sache que tu peux te procurer ou offrir La Pelote de Laine au format Broché accompagné d’une jolie dédicace et de goodies. 📕🔥

Prochain chapitre dans

A propos de l'auteur

Matthieu Biasotto

Auteur indépendant toulousain, rêveur compulsif et accro au café. J'écris du thriller, du suspense avec une touche existentielle.

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