Faida – Chapitre 14

F
Table des matiรจres

Sous les Gyrophares

Giulia

Ici et maintenantโ€ฆ

L’L’ambulance fend la nuit, ses gyrophares rouges et bleus รฉclatent sur les murs comme des coups de pinceau frรฉnรฉtiques sur une toile noire. Chaque clignotement marque lโ€™รฉcoulement du temps, serrant ma gorge dโ€™urgence. Chaque flash est une gifle, chaque cri de sirรจne un coup de poignard qui dรฉchire le silence. L’air vibre, lourd de culpabilitรฉ, et chaque battement de mon cล“ur rรฉsonne avec l’urgence qui s’empare de moi. Ce hurlement, cโ€™est plus quโ€™une alarme. Cโ€™est un cri qui lacรจre mes pensรฉes, effritant les quelques certitudes qui me restaient.

Mes pensรฉes s’รฉparpillent, dรฉvorรฉes par la peur, emportรฉes comme des grains de sable dans un vent furieux. ยซ Ce que jโ€™ai dรฉcouvert est une bombe ยป… Les mots de Gianni tournent en boucle dans mon esprit, une bombe qui a explosรฉ sans que je ne comprenne pourquoi. Je suis en chute libre, aspirรฉe dans un gouffre oรน tout semble se briser.

Un secouriste me saisit par le bras, son geste sec me ramรจne ร  la rรฉalitรฉ. Son poing ferme me rattache ร  la terre, mais rien n’efface ce doute qui me hante : est-ce que tout รงa est de ma fauteโ€ฏ? Mes jambes avancent mรฉcaniquement, comme si elles ne m’appartenaient plus. Je monte dans l’ambulance sans comprendre comment, ni pourquoi. Le monde autour de moi s’est effondrรฉ.

Les รฉvรฉnements s’enchaรฎnent, brutaux, sans rรฉpit. Le mรฉtal froid de l’ambulance, les lumiรจres crues, le hurlement strident des sirรจnes… Tout se mรฉlange, tout m’รฉcrase. Les voix des secouristes se brouillent en un murmure lointain, un bourdonnement qui sโ€™accroche ร  mes pensรฉes รฉparpillรฉes. Chaque respiration devient une lutte contre cette peur qui me ronge, qui me serre la gorge jusquโ€™ร  mโ€™รฉtouffer.

La porte claque, me projetant contre la banquette. L’ambulance dรฉmarre en trombe, mโ€™arrachant ร  mes pensรฉes. Les vibrations du moteur me ramรจnent ร  la surface, mais chaque virage me rapproche de lโ€™hรดpital tout en mโ€™รฉloignant de Gianni. Quelque chose de plus grand que moi est en marche, et je suis impuissante face ร  ce que je ne comprends pas.

Le secouriste assis en face de moi brise enfin le silence, sa voix grave perรงant la bulle de terreur qui mโ€™enferme.

โ€” Vous savez ce qui s’est passรฉ ? Vous รฉtiez avec lui ?

Ses yeux cherchent des rรฉponses que je nโ€™ai pas. Je secoue la tรชte, les mains agrippรฉes ร  la couverture de survie qui ne parvient pas ร  rรฉchauffer ce froid glacial en moi. Un hiver intรฉrieur qui sโ€™installe et ne veut plus partir.

โ€” Non… On รฉtait au tรฉlรฉphone…

Ces mots, si simples, pรจsent comme du plomb. Et sโ€™ils avaient tout dรฉclenchรฉโ€ฏ? Et si cโ€™รฉtait ma voix, mes paroles, ou le simple fait de lui avoir tรฉlรฉphonรฉ qui avaient provoquรฉ lโ€™accidentโ€ฏ? Lโ€™idรฉe me dรฉvore, une vague glaciale qui me traverse, rendant chaque souffle plus difficile. Le secouriste scrute mon visage, ses yeux fouillant les miens, cherchant ร  comprendre.

โ€” Il a dit quelque chose ? Quelque chose qui pourrait nous aider ร  comprendre ce qui s’est passรฉ ? Il รฉtait cohรฉrentย quand il parlaitย ?

Lโ€™inquiรฉtude dans ses yeux me renvoie ร  la mienne. Je prends une inspiration tremblante, mes pensรฉes en vrac. Chaque mot semble impossible ร  prononcer.

โ€” Ilโ€ฆ Il tenait ร  sโ€™assurer que je sois en sรฉcuritรฉ.

Ma voix se brise sur ces mots. Cโ€™est comme une condamnation. Il voulait me protรฉger, et รงa lui a coรปtรฉ cher. La gravitรฉ de la situation sโ€™abat sur moi comme une enclume. Tout est fini.

Les secouristes รฉchangent un regard lourd de tension. L’un d’eux parle enfin, d’une voix mesurรฉe :

โ€” Des tรฉmoins disent que la voiture de Gianni a รฉtรฉ percutรฉe par un gros vรฉhicule noir. De maniรจre dรฉlibรฉrรฉe, apparemment.

Le monde sโ€™effondre. Ce nโ€™รฉtait pas un accident. Cโ€™รฉtait une attaque. Une traque. Lentement, les piรจces du puzzle sโ€™imbriquent, et avec elles, des fragments de mรฉmoire refont surface. Une vรฉritรฉ que mon esprit avait enfouie, comme un mรฉcanisme de survie, remonte ร  la surface, brutale, inรฉluctable. Tout devient limpide, mais la clartรฉ est terrifiante. Ce nโ€™est pas toujours le choc qui dรฉtruit, mais ce quโ€™il dรฉvoile quand on ouvre les yeux. Cette nuit, je le comprends enfin, a tout changรฉ.
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A propos de l'auteur

Matthieu Biasotto

Auteur indรฉpendant toulousain, rรชveur compulsif et accro au cafรฉ. J'รฉcris du thriller, du suspense avec une touche existentielle.

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