SERGHEY

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Serghey

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4e de couverture :

Maman solo dรฉpassรฉe par le dรฉcรจs de sa sล“ur, Tihana doit retrouver le chemin des soins ร  domicile, ย en tant quโ€™infirmiรจre au chevet dโ€™un patient trรจs particulier.

Aussi รฉlรฉgant que difficile ร  cerner, Serghey est cรฉlรจbre mais surtout odieux avec toutes les soignantes ayant croisรฉ sa route. Tihana ne sait rien de lui, ร  part quโ€™il est insupportable et quโ€™il cache quelque choseโ€ฆ Comme les circonstances de ses blessures, entre autresโ€ฆ

Au cล“ur de la Croatie, il se pourrait que la sincรฉritรฉ dโ€™une mรจre divorcรฉe rencontre un prodige au passรฉ trouble. Deux mondes, deux caractรจres qui gravitent autour de la reconstruction et une symphonie saupoudrรฉe de doutes, de passion mais aussi dโ€™une sublime attraction.

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Brochรฉ dรฉdicacรฉ

Extrait

Prologue

Serghey

Dโ€™aussi loin que remonte le fil de ma mรฉmoire, je crois que je nโ€™ai jamais vraiment eu ร  ouvrir une seule porte par moi-mรชme. Quโ€™elles soient lourdes, ร  galandage, blindรฉes ou simplement sur ma route, il y a toujours eu quelquโ€™un pour sโ€™en occuper volontiers ร  ma place. Sans doute lโ€™apanage des gens bien nรฉsโ€ฆ

La premiรจre personne ร  mโ€™avoir ouvert chaque fois que cโ€™รฉtait nรฉcessaire nโ€™est autre que ma gouvernante ร  qui je dois la douce nostalgie dโ€™une enfance dorรฉe, mais trop courte. Puis mes professeurs particuliers sโ€™en sont chargรฉs durant de longues annรฉes. Se sont ensuivis, les voituriers et les aimables grooms des palaces que jโ€™ai eu la chance de frรฉquenter.

Jโ€™ai beau rรฉflรฉchir, de Monte-Carlo ร  New York, en passant par Dubaรฏ, il y a toujours eu du personnel compรฉtent et dรฉvouรฉ aux quatre coins du globe pour mโ€™รฉpargner cet effort, quโ€™il sโ€™agisse de ma loge, dโ€™une limousine, dโ€™un studio dโ€™enregistrement ou de lโ€™entrรฉe rรฉservรฉe aux artistes. Et mรชme au fond dโ€™une รฉpave fumante encastrรฉe contre un arbre, je nโ€™ai pas eu lโ€™occasion dโ€™ouvrir la portiรจre de mes propres mains. Jโ€™รฉtais pourtant pris au piรจge dโ€™une carcasse en bouillie, truffรฉe de verre brisรฉ et de mon propre sang. Au bout du compte, ce sont les pompiers qui ont dรฉcoupรฉ la carrosserie pour mโ€™extirper du vรฉhicule avant que je ne perde connaissance.

Il faut croire que la vie apprรฉcie lโ€™ironie, parce quโ€™un an aprรจs cet accident, je me retrouve plantรฉ sur les dalles de marbre du grand salon, devant lโ€™รฉlรฉgante porte de mon bureau, si diminuรฉ physiquement que je suis incapable de mettre la clรฉ dans cette satanรฉe serrure. Ce nโ€™est pourtant pas sorcier, cโ€™est si banal que personne nโ€™y prรชte attention, alors quโ€™il sโ€™agit pour moi dโ€™une รฉpreuve soulignant lโ€™ampleur de ma dรฉchรฉance. 365 jours de rรฉsilience et tout รงa pour quoi ? Pour tomber si bas quโ€™il me faut รชtre assistรฉ.

โ€” Monsieur ? Vous avez besoin dโ€™aide ?

Comme si la frustration provoquรฉe par un simple geste du quotidien devenu hors de portรฉe ne suffisait pas, il faut que la voix timide dโ€™une aide-soignante craintive sโ€™invite dans cet รฉchec. Sa question est toute simple, presque innocente, mais elle me renvoie en pleine face mon statut dโ€™infirme.

Figรฉe comme une plante dโ€™intรฉrieur ร  cรดtรฉ de mon piano ร  queue, cette Croate aussi maigre que bienveillante souligne surtout ma perte de contrรดle. Elle a le regard clair et fuyant, une empathie presque humiliante chevillรฉe au corps. Je nโ€™en peux plus dโ€™entendre son timbre si particulier qui transpire la pitiรฉ devant un virtuose fauchรฉ dโ€™un coup au sommet de son art et ร  qui il ne reste que lโ€™allure dโ€™un trentenaire en smoking pour sauver les apparences.

Au fondโ€ฆ Si ce nโ€™รฉtait pas si dรฉgradant, la situation en serait presque risible, alors je mโ€™accroche ร  mon flegme et laisse ma part sombre la remettre ร  sa place en tentant de nouveau ma chance pour ouvrir mon bureau.

โ€” Je ne vous ai rien demandรฉ. Cessez de me regarder. Tournez-vous.

Sous les hauts plafonds et les moulures, ses yeux sโ€™abaissent pour fixer le cuir de mes chaussures signรฉes Magnanni tandis que mon souffle agacรฉ se perd dans le vaste espace. Dans un murmure, elle sโ€™excuse, mais je sens monter en moi quelque chose que je ne maitrise pas. Une espรจce de fureur nourrie par lโ€™impuissance ainsi que par la douleur persistante de mon opรฉration des mรฉtacarpes brisรฉs. Lโ€™infirmiรจre insiste, elle tient bon et jโ€™imagine que son attitude part dโ€™un bon sentiment.

โ€” Laissez-moi vous donner un coup de mainโ€ฆ

Exaspรฉrรฉ dโ€™รชtre vu en position de faiblesse, je passe sous silence le mal qui ronge mon รฉpaule en miettes et me montre franchement moins magnanime.

โ€” Je vous ai dit de vous tourner !

Avec la statuette de bronze trรดnant sur la laque noire de mon instrument pour seul tรฉmoin, elle sโ€™exรฉcute en tenant ses doigts frรชles et pรขles pendant que je serre les dents puis rรฉcidive en prรฉsentant la clรฉ devant le verrou. En pure perte.

โ€” Vous allez y arriver, Monsieur. Jโ€™en suis certaine.

โ€” Gardez vos encouragements pour dโ€™autres patients.

Jโ€™ai beau soutenir mon geste ร  lโ€™aide de ma main libre, le pansement tremble, un รฉlancement aigu mโ€™entrave et je lutte pour parvenir ร  mes fins avec la ferveur dโ€™une supportrice dont la gentillesse me crispe au plus haut point.

โ€” Prenez votre tempsโ€ฆ Chaque progrรจs, si petit soit-il, estโ€ฆ

โ€” Mais taisez-vous, ร  la fin !

Ce nโ€™est quโ€™une clรฉ, quโ€™une simple serrure, quโ€™une fichue porte que je nโ€™arrive pas ร  ouvrir, mais cโ€™est plus fort que moi, une immense impression de solitude mโ€™envahit. Et cโ€™est la luciditรฉ qui prend les commandes lorsque je baisse les bras devant ce nouvel รฉchec.

โ€” Rentrez chez vous. Vous ne servez ร  rien.

Dโ€™abord mรฉdusรฉ, son visage juvรฉnile mais usรฉ par des nuits de garde ร  rรฉpรฉtition laisse รฉchapper une once de contrariรฉtรฉ. Dans le clair-obscur dโ€™une fin dโ€™aprรจs-midi perรงant ร  travers les volets, elle nโ€™a pas lโ€™air de saisir que je viens de la remercier.

โ€” Monsieur, votre convalescence est un combat quotidien, jโ€™en ai conscienceโ€ฆ maisโ€ฆ

La voilร  qui caresse mon piano en essayant de me soutenir avec son air mielleux, trop cโ€™est trop. Surtout lorsque ses phalanges se posent sur le bois noble de mon Bรถsendorfer de concert. Jโ€™ai lโ€™impression quโ€™avec sa bontรฉ dรฉgoulinante, elle souille la carriรจre sur laquelle je tire un trait.

โ€” Ne touchez pas ร  ce piano ! Sortez vos doigts de lร  !

Jโ€™aboie si sรจchement quโ€™elle en sursaute et renverse par mรฉgarde cette figurine de hibou moulรฉ dans le bronze.

Un bruit sec.
Un impact ร  la surface.
Une trace de plus dans ma descente aux enfers.

Si je sors de mes gondsโ€ฆ Ce nโ€™est pas pour la marque laissรฉe sur un instrument assemblรฉ ร  la main dans de lโ€™รฉpicรฉa autrichien, ni pour sa maladresse venant dโ€™entacher un outil de travail ร  plus de 50 000 โ‚ฌ, nonโ€ฆ cโ€™est surtout parce quโ€™elle vient de me voir drapรฉ dโ€™une faiblesse qui me tue et quโ€™elle sโ€™รฉvertue ร  tartiner son optimisme sur ma fiertรฉ. Lร , au cล“ur de Split, dans ce salon dโ€™oรน lโ€™on peut entendre le ressac dโ€™une station balnรฉaire croate trรจs prisรฉe, je ne suis quโ€™un invalide. Cโ€™est la triste rรฉalitรฉ, crue, froide, implacable. Je suis hors service, et aucune รขme charitable ne pourra changer cet รฉtat de fait.

โ€” Vous รชtes renvoyรฉe.

โ€” Pardon ?

โ€” Non seulement vous รชtes inutile, mais en plus vous รชtes sourde. Mon majordome va vous raccompagner.

ร€ ma demande, Igor ouvre en grand la double porte et nous rejoint sous le lustre ร  pampilles, toujours imperturbable, dans son fidรจle costume ร  son image : discret, mais efficace. Dโ€™un signe de la main, il invite cette aide-soignante ayant fautรฉ par excรจs de bontรฉ ร  le suivre vers la sortie. Mais celle-ci fronce les sourcils, fixe une derniรจre fois mon bureau et se dรฉfend dโ€™une voix chevrotante.

โ€” Jโ€™aurais vraiment pu vous aider, Monsieur.

โ€” Je nโ€™ai besoin de personne. Vous pouvez disposer.

Bien que je me fiche รฉperdument de ce quโ€™elle peut penser, je crois que mon signe de la main qui hurle ยซ du balai ยป contrarie la rรฉincarnation de Mรจre Thรฉrรฉsa.

โ€” On mโ€™avait pourtant prรฉvenue, mais laissez-moi vous dire que vous รชtes odieux. Parfaitement odieux !

Elle a beau avoir raison, son cri du cล“ur ne mโ€™atteint pas, ses larmes menaรงant de sortir au grand jour, non plus. Je redresse la fameuse statuette et range la clรฉ de mon รฉchec dans la poche intรฉrieure de ma veste. Il me reste ร  resserrer douloureusement ma cravate et mettre un terme ร  ses soins ร  domicile pour de bon.

โ€” Ne restez pas plantรฉe lร  avec votre envie de pleurer. Vos honoraires seront rรฉglรฉs avant ce soir.

Dโ€™abord incrรฉdule, elle me dรฉvisage de ses billes embuรฉes, sa gorge se serre ร  lโ€™annonce du verdict et elle cherche ร  me dรฉcrypter en ouvrant de nouveau la bouche.

โ€” Quโ€™y a-t-il de si important derriรจre cette porte ? Pourquoi vous traitez les gens comme รงa ?

Son regard me sonde, jโ€™imagine que ses questions sont lรฉgitimes et quโ€™aprรจs des heures ร  supporter mon caractรจre, elle mรฉriterait des รฉclaircissements, mais il faut croire que le pianiste que jโ€™รฉtais se tรฉlescope avec le patient infect que je suis devenu.

โ€” Igor, faites-la sortir dโ€™ici. Je ne veux plus la voir.


CHAPITRE 1
Serghey

Jโ€™ignorais jusquโ€™ร  son nom, peu importe, le sort de la soignante est scellรฉ. Ses larmes nโ€™y changeront rien. Sous sa fine moustache grisรขtre, mon majordome lui a intimรฉ de presser le pas vers la sortie, et je me suis retrouvรฉ face ร  moi-mรชme, dans la pรฉnombre, devant ce piano dont la seule vue me fait souffrir bien plus que nโ€™importe quel drain ou point de suture.

Extirpant ร  prรฉsent de ma poche un mouchoir de soie afin dโ€™รดter les empreintes inacceptables sur la laque, je dรฉplore durant quelques minutes lโ€™accroc indรฉlรฉbile provoquรฉ par la statuette renversรฉe alors quโ€™Igor revient vers moi afin de me tenir informรฉ.

โ€” Jโ€™ai fait le nรฉcessaire, Monsieur. Et voici votre courrier.

Avec dรฉfรฉrence, il dรฉpose sur le piano une enveloppe rouge qui me soulรจve le cล“ur ainsi quโ€™une carte postale qui ne mโ€™intrigue pas assez pour que je daigne mโ€™en approcher. Les mains derriรจre le dos, cet homme dโ€™une soixantaine dโ€™annรฉes me fixe avec cet air que je ne connais que trop bien. Je sais que lorsquโ€™il reste figรฉ de la sorte, quelque chose ne tourne pas rond.

โ€” Quโ€™y a-t-il, Igor ?

Mon majordome se racle la gorge et ajuste sa veste avant de trouver le courage de mโ€™affronter les yeux dans les yeux.

โ€” Si je peux me permettre, Monsieur, votre comportement est discutable.

Il nโ€™a pas lโ€™habitude de mรขcher ses mots, et jโ€™apprรฉcie sa franchise en tout temps. Fort du lien quโ€™il entretenait avec mon pรจre, Igor est bien le seul ร  avoir le droit de me recadrer de la sorte. Et ร  la lueur des nombreuses annรฉes quโ€™il a passรฉ ร  mon service, je musรจle ma fiertรฉ, puis me contente alors dโ€™un signe de la tรชte avant de me justifier.

โ€” Vous savez que je ne supporte pas les infirmiรจres.

โ€” Peut-รชtre, mais il y a lโ€™art et la maniรจre.

โ€” Avez-vous rรฉglรฉ ses honoraires ?

โ€” Oui. Mais lโ€™argent nโ€™est sans doute pas la bonne maniรจre, Monsieur.

Mon inspiration plaide coupable et cโ€™est un coup de couteau dans la clavicule qui mโ€™empรชche de pleinement emplir mes poumons.

โ€” Ce nโ€™est pas contre elle. Je suis seulementโ€ฆ

โ€” En colรจre, Monsieur ?

La vรฉritรฉ, cโ€™est que je ne trouve pas le bon terme. Il nโ€™y a aucun mot qui reprรฉsente assez bien la frustration que jโ€™รฉprouve, une espรจce de consternation mรชlรฉe ร  une sorte de honte dissonante dans le cล“ur. Non, il nโ€™y a rien qui sโ€™approche de cette amertume saupoudrรฉe dโ€™un รฉtonnant sentiment de soulagement. Un apaisement liรฉ ร  ma mise ร  lโ€™รฉcart du devant de la scรจne. Cโ€™est dโ€™ailleurs quelque chose que personne ne pourrait comprendre. Mรชme moi, je ne parviens pas ร  mโ€™expliquer ce que je ressens quand mes yeux se posent sur le clavier tout en noir et blanc.

โ€” Je me sensโ€ฆ perduโ€ฆ Seulement perdu, Igor.

Reculant dโ€™un pas vers la desserte dรฉdiรฉe aux spiritueux que lโ€™on propose aux rares convives venant ici, Igor effleure la bouteille de cristal contenant un des meilleurs whiskys de la planรจte avant de mโ€™observer avec une once de compassion devant le piano.

โ€” Peut-รชtre que votre art vous manque, Monsieurโ€ฆ

Sur ce constat indรฉniable, il sโ€™รฉclipse sans rien ajouter. Toujours les mains dans le dos, ses cheveux poivre et sel sagement plaquรฉs en arriรจre, Igor referme le salon derriรจre lui pour mโ€™abandonner ร  cette รฉpouvantable solitude.

Comme effrayรฉ par ce vide soudain, je replace la figurine de bronze, contemple ce hibou qui mโ€™est cher et redresse le pupitre noir dรฉdiรฉ aux partitions. Les reflets monochromes sur le meuble renvoient lโ€™image dโ€™un costume taillรฉ sur mesure et portรฉ par un pantin dont il ne reste que les vestiges dโ€™un certain raffinement. Dans la laque sombre, je vois un individu censรฉ avoir le bras en รฉcharpe, portant tellement de cicatrices sous sa chemise de grand couturier quโ€™il ressemble ร  un vieux jouet maintes fois rafistolรฉ, en vain.

Dans la peau dโ€™un รฉtranger ou dโ€™une mรฉlodie parodiรฉe, loin de lโ€™homme que jโ€™ai pu รชtre, je contemple avec nostalgie le clavier, les marteaux ainsi que les pรฉdales. Ma pomme dโ€™Adam roule pรฉniblement lorsque je repousse du pied la banquette sur laquelle jโ€™ai passรฉ toute ma vie ร  jouer. Je sais que je ne mโ€™installerai plus jamais face au pupitre, que je ne produirai plus la moindre mรฉlodie, et pour ne pas mourir ร  petit feu de ce rejet, je me rabats sur la clรฉ de mon bureau pour tenter une derniรจre fois de dรฉpasser mes limites.

โ€” Serghey ?

Une nouvelle voix me stoppe en plein รฉlan. Figรฉ devant cette serrure rรฉcalcitrante, je lรจve les yeux au ciel en pestant tout haut.

โ€” Jโ€™aimerais quโ€™on arrรชte de rentrer chez moi comme dans un moulin !

โ€” Comme dans un moulin ?

Je nโ€™ai pas besoin de me retourner pour reconnaitre cette tessiture familiรจre et le son particulier produit par la dรฉmarche de mon seul ami.

โ€” Tu plaisantes, jโ€™espรจre ? Tu vis dans un bunker !

โ€” Quโ€™est-ce que tu veux, Zivko ?

Son ricanement approche dans mon dos et je renonce dรฉfinitivement ร  ouvrir mon bureau quand il rรฉtorque aussitรดt.

โ€” Mais je te retourne la question, mon cher ! ร€ quoi tu joues, Serghey ? Je viens de croiser la petite infirmiรจre en pleursโ€ฆ

Les mains dans les poches et la tรชte basse, jโ€™accroche enfin son regard gris clair, une รฉtincelle intacte depuis lโ€™adolescence, et je mโ€™attache ร  son visage. Il ne faut pas se fier ร  ses traits durs, il y a bien longtemps que jโ€™ai appris ร  lire derriรจre son nez imposant, sa mรขchoire massive et sa grimace de mรฉcontentement qui me pousse ร  me justifier.

โ€” Que veux-tu que je te dise ? Elle ne faisait pas lโ€™affaire.

Rompu ร  mes prรฉtextes et mes non-dits, il affiche un rictus qui chuchote ยซ je ne suis pas dupe ยป avant de se servir une lampรฉe du 12 ans dโ€™รขge รฉcossais.

โ€” Cโ€™est la quatriรจme qui part en faisant une crise de nerfs. Cโ€™รฉtait ta derniรจre chance de te rรฉtablir dans les tempsโ€ฆ

โ€” Peut-รชtre que je me suis fait une raison.

Un sourcil arquรฉ cachรฉ derriรจre son verre portรฉ ร  ses lรจvres, il cesse de boire son alcool ambrรฉ. Quand il inspire du coffre de la sorte, au point de gonfler sa chemise au col ouvert et aux manches retroussรฉes, cโ€™est gรฉnรฉralement pour mโ€™offrir une tirade dont lui seul a le secret.

โ€” Ce nโ€™est pas le moment dโ€™avoir un coup de mou. Regarde droit devant et tiens le cap, tu as encaissรฉ le plus dur. Les opรฉrations lourdes, les broches, la rรฉรฉducationโ€ฆ On voit le bout du tunnel. Accroche-toi ร  cette idรฉe.

โ€” Le plus dur ? Passer le reste de mes jours dans cet รฉtat, condamnรฉ ร  รชtre lโ€™ombre de ce que jโ€™รฉtais, il me semble que cโ€™est รงa le plus dur.

Zivko a les รฉpaules larges, suffisamment solides pour supporter mes humeurs quoi quโ€™il arrive, et tout en remuant doucement son bourbon, il sโ€™approche pour tapoter mon รฉpaule valide.

โ€” On sait tous les deux que tu as morflรฉ par le passรฉ. Jโ€™รฉtais aux premiรจres logesโ€ฆ

โ€” Alors tu sais que je refuse dโ€™en parler.

โ€” Okay, trรจs bien. Cโ€™est ton choixโ€ฆ Aprรจs tout, tu as eu ton lot dโ€™infirmiรจres bien avant de devenir quelquโ€™unโ€ฆ

โ€” Et voilร , tu en parles. Cโ€™est plus fort que toi.

Lโ€™air faussement dรฉtachรฉ, il vide son verre en me transperรงant soudainement du regard, mon ami me lance un coup de menton, comme pour mieux me placer dos au mur.

โ€” Alors, parlons du futur. Tu as essayรฉ de te remettre ร  jouer ?

Un rire dรฉcharnรฉ sโ€™รฉchappe du nล“ud que jโ€™ai ร  lโ€™estomac et je suis toujours stupรฉfait par lโ€™obstination de mon partenaire, notamment sur les sujets qui fรขchent.

โ€” Tu vois lโ€™รฉtat de ma main ? Je ne suis mรชme pas capable dโ€™ouvrir une porteโ€ฆ

โ€” Ce nโ€™est pas en renvoyant toutes les aides-soignantes du pays que les choses vont sโ€™arranger. Tu en as conscience ?

โ€” Je le sais pertinemmentโ€ฆ

Et mon soupir dรฉsล“uvrรฉ sโ€™รฉtire jusquโ€™ร  lui pour esquisser les contours de lโ€™impasse dans laquelle je me trouve.

โ€” Alors quโ€™est-ce que tu fabriques, Serghey ? On dirait que tu nโ€™as pas envie dโ€™aller mieux ?

โ€” Et si je te disais que cโ€™est le cas ? Et si je nโ€™avais plus envie de jouer ?

En presque quinze ans dโ€™amitiรฉ, je ne lโ€™ai jamais vu รฉclater de rire de si bon cล“ur. Un rire slave mais รฉtincelant dโ€™incrรฉdulitรฉ.

โ€” Plus envie de jouer ? Cโ€™est la meilleure celle-lร  !

โ€” Je suis sรฉrieux, Zivko.

Reprenant son souffle, il lui faut une petite seconde pour comprendre que lโ€™heure est grave.

โ€” Ne dis pas dโ€™รขneries, tu ne peux pas abandonner. Je suis ton ami et sans te passer de pommade, laisse-moi te dire que tu es un des meilleurs interprรจtes du monde.

โ€” Cโ€™รฉtait peut-รชtre le cas ร  lโ€™รฉpoqueโ€ฆ

โ€” Tu es nรฉ pour le piano, tu as lโ€™oreille absolue ! Alors tu vas รฉcouter attentivement ce que je te dis : tu vas renaitre de tes cendres !

โ€” Si tu es mon ami comme tu le soulignes, tu peux comprendre que jouer me manquera cruellementโ€ฆ maisโ€ฆ

โ€” Mais quoi ? Il nโ€™y a pas besoin de ยซ mais ยป !

โ€” Maisโ€ฆ je ne reviendrai jamais ร  mon niveau. Je le sais au fond de moi, ร  tel point que le simple fait de toucher le clavier me rรฉvulse. On ne peut pas รชtre et avoir รฉtรฉ.

โ€” Oh que siโ€ฆ Dรฉtrompe-toi. On peut parfaitement ! Jโ€™รฉtais ร  tes cรดtรฉs alors que tu apprenais les bases du solfรจge. Et je suis toujours lร  pour te mettre un coup de pied au derriรจre, si besoin.

Ses tentatives visant ร  me dรฉrider รฉchouent face ร  mon dรฉchirement. Je suis รฉcartelรฉ entre le manque cruel de me perdre dans les mรฉlodies que jโ€™interprรฉtais avant et cet avenir qui me condamne ร  รชtre mรฉdiocre. Comme si jโ€™รฉtais amputรฉ de mon talent ร  jamais. Dans ma tรชte, cโ€™est dรฉcidรฉ, je prรฉfรจre renoncer que de ne jamais renouer avec le succรจs, mais Zivko sโ€™offre un nouveau verre et nโ€™a pas lโ€™intention de faire une croix sur ma carriรจre.

โ€” ร‰coute, Sergheyโ€ฆ Je suis ton ami, mais aussi, et surtout ton agent. Et en tant quโ€™agent, jeโ€ฆ

โ€” Ne me sers pas ce couplet. Par pitiรฉ.

โ€” Dรฉsolรฉ mon vieux, mais cโ€™est mon job. Et puisโ€ฆ Tu as pensรฉ une seule seconde ร  ta sล“ur en prenant cette dรฉcision ?

โ€” Ne mรชle pas Jelena ร  nos histoires !

La paume ouverte, estimant รชtre allรฉ trop loin, il baisse la tรชte en retirant ce quโ€™il vient de dire et jโ€™en profite pour lui livrer le fond de ma pensรฉe.

โ€” Je refuse de me montrer un jour en public dans cet รฉtat. Lร , cโ€™est plus clair ? Tu peux le comprendre ?

โ€” Ce nโ€™est que temporaireโ€ฆ Et puis, ce nโ€™est pas pour mes beaux yeux que tu dois te remettre en selle, ni parce que le monde entier attend ton retourโ€ฆ mais pour ton contrat.

โ€” Mon contrat ?

โ€” Notre contrat, plus exactement. Tu sais, celui qui permet de prendre en charge tous tes soins avec le cabinet dโ€™infirmiรจres que tes mรฉcรจnes ont mandatรฉ. Le fameux contrat qui te garantit dโ€™ailleurs des revenus plus que dรฉcents grรขce ร  moiโ€ฆ

โ€” Tu mโ€™รฉnerves Zivko, tu le sais ?

โ€” Oui, je saisโ€ฆ Avoir toujours raison, cโ€™est agaรงant. Mais un jour tu tโ€™y ferasโ€ฆ

Fier de lui, il triture mon hibou en bronze et savoure une nouvelle gorgรฉe en lorgnant mon courrier. Sa voix se pose dans un velours alcoolisรฉ, jโ€™entends trรจs clairement lโ€™apaisement dans ses silences avant quโ€™il ne mโ€™annonce le menu du jour.

โ€” Donc lร , tout de suiteโ€ฆ Je vais me dรฉmener pour te trouver une autre infirmiรจre. On va prier pour que la structure des soignantes qui sโ€™occupe de toi veuille bien cรฉder ร  ton caprice de diva et daigne tโ€™envoyer quelquโ€™un apte ร  te supporter.

โ€” Doucement, je ne joue pas les ยซ divas ยป.

โ€” Si tu le disโ€ฆ Mais quoi quโ€™il en soit, de ton cรดtรฉโ€ฆ tu dois impรฉrativement faire un effort. Sans รงa, on nโ€™y arrivera jamaisโ€ฆ

Un ยซ effort ยป, le terme me saute ร  la gorge et fait รฉcho ร  toute lโ€™abnรฉgation, tous les sacrifices concรฉdรฉs pour en arriver au rรฉsultat dโ€™aujourdโ€™hui.

โ€” Tu te fiches de moi ? Ne me parle pas dโ€™efforts ! Regarde mes pansements ! Regarde-moi ! Jโ€™รฉtais au sommet !

Si ma voix sโ€™รฉraille et que je suis ร  fleur de peau, il reste stoรฏque, comme sโ€™il avait foi en mes capacitรฉs.

โ€” Tu renoueras avec le succรจs. Il le faut.

โ€” Et comment ? Un pianiste avec des broches dans les mains, cโ€™est comme un boxeur privรฉ de ses poings !

Lโ€™espace dโ€™un instant, son regard vif accroche une nouvelle fois mon courrier puis Zivko sโ€™approche de moi pour mieux me convaincre.

โ€” Tu nโ€™as pas le choix. Et cโ€™est contractuel.

โ€” Contractuel ?

โ€” Les gens qui financent ton rรฉtablissement attendent des rรฉsultats, des dates vont tomber tรดt ou tard et ils vont sโ€™impatienter. Surtout un particulier, quand il estimera que la comรฉdie aura assez durรฉ.

โ€” Tuโ€ฆ Tu nโ€™as quโ€™ร  lui expliquer. Et jโ€™apprรฉcie moyennement que tu parles de comรฉdie pour รฉvoquer ce que je traverse en ce moment.

โ€” Moi je veux bien, maisโ€ฆ Eux, lร -hautโ€ฆ Ils apprรฉcieront moyennement que tu violes une des clauses du contrat.

Ma gorge se noue dโ€™un coup, jโ€™ai lโ€™impression dโ€™avoir un poids terrible sur les รฉpaules, si bien que je triture le courrier et dรฉchire en deux lโ€™enveloppe rouge expรฉdiรฉe par une garce de la pire espรจce rรฉpondant au nom de Vesna. Cette satanรฉe lettre en morceaux rejoint toutes les autres de la mรชme couleur dans la corbeille ร  papier tandis que ma curiositรฉ lโ€™emporte sur le silence.

โ€” De quelle clause tu parles, au juste ?

โ€” Tu devrais relire les petites lignes qui stipulent nos obligations respectives. En particulier celles qui nous engagent ร  ne pas nous blesser dรฉlibรฉrรฉment, ni ร  commettre un acte qui nuirait ร  notre rรฉputation.

โ€” Zivko, je nโ€™ai rien fait qui entrainerait la rupture du contrat.

โ€” Ce nโ€™est pas moi quโ€™il faut convaincre.

โ€” Mais tu me crois au moins ?

โ€” Arrรชteโ€ฆ on sait tous les deux que tu es responsable de lโ€™accident. Pas vrai ?


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A propos de l'auteur

Matthieu Biasotto

Auteur indรฉpendant toulousain, rรชveur compulsif et accro au cafรฉ. J'รฉcris du thriller, du suspense avec une touche existentielle.

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8 Commentaires
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Mรฉnard Ocรฉane
4 annรฉes il y a

On m’avait offert se livre pour Noรซl,je n’avais pas pris le temps de le lire avec tout les autres livres reรงu. Finalement je l’ai lue en une journรฉe entre deux gardes et j’ai vraiment adorรฉ

Invitรฉ
Stobre
4 annรฉes il y a

C’est une trรจs belle dรฉcouverte premier roman que je lis de cet auteur et j’en suis tombรฉe amoureuse ร  la fois de l’histoire et de l’auteur par son sens de l’รฉcriture et d’avoir pu me transmettre plusieurs รฉmotions et des sensations fortes. Peu d’auteur jusqu’ร  prรฉsent on pu me faire ressortir ce que j’ai ressentis par ce livre. Un trรจs grand merci ร  vous Matthieu Biassotto.

Membre
ร‰lodie Franรงois
4 annรฉes il y a

Serghey est le premier roman de Matthieu Biasotto Auteur que je lis, et je nโ€™ai pas รฉtรฉ dรฉรงue par cette dรฉcouverte. Je lโ€™avoue, sโ€™il mโ€™a intriguรฉe, cโ€™est en partie ร  cause de la magnifique couverture, mais surtout parce que (soyons francsโ€ฆ) cโ€™est un homme qui lโ€™a รฉcrit. Jโ€™รฉtais trรจs curieuse de plonger dans une romance (ร  suspense, certes) concoctรฉe par UN auteur. Il faut le dire, cโ€™est une catรฉgorie littรฉraire oรน les femmes sont lรฉgion, et on y retrouve trรจs peu dโ€™hommes. Et lร  oรน certaines pรจchent par un excรจs de vulgaritรฉ, de scรจnes dignes dโ€™un film X (ร  mon goรปt, jโ€™entends ^^), Matthieu nous livre une romance tout en douceur, poรฉtique, touchante et profonde. Lโ€™une des vรฉritables rรฉussites pour moi qui (il y a deux ans) nโ€™aimais pas les rรฉcits ร  la premiรจre personne, cโ€™est la plume de lโ€™auteur : maรฎtrisรฉe, juste, sans redondance ou usage abusif du ยซ je ยป, il sait jongler entre les deux points de vue ร  la perfection en offrant ร  Serghey et Tihana une vรฉritable ยซ voix ยป et une vรฉritable ยซ place ยป (ce que, ร  mon sens, peu dโ€™auteurs savent rรฉellement faire).
La romance parlons-en : je ne vais pas รชtre hyper originale en disant que jโ€™ai adorรฉ ! Tout simplement parce quโ€™elle prend son temps pour sโ€™installer, quโ€™elle nโ€™a rien de simple ou dโ€™รฉvident. ร€ plusieurs reprises je me suis inquiรฉtรฉe quant ร  lโ€™issue, car OUI Matthieu a jouรฉ avec mes nerfs (cโ€™est moche de faire รงaโ€ฆ^^) ! Comme une partition de musique, lโ€™histoire dโ€™amour se dรฉroule, dโ€™abord avec des fausses notes, puis crescendo, ponctuรฉe de quelques ยซ croches ยป, jusquโ€™ร  ce quโ€™elle sโ€™emporte sur un tempo andante avant un final auquel je ne mโ€™attendais pas.
Ce qui mโ€™a beaucoup touchรฉe รฉgalement, cโ€™est que bien souvent en romance on est sur une partition ร  deux, un ยซ temps binaire ยป, dans laquelle seuls les deux protagonistes trouvent leur place. Mais ici Matthieu, en vรฉritable chef dโ€™orchestre, nous offre une symphonie au ยซ temps ternaire ยป grรขce ร  la prรฉsence de la petite Iris. Une enfant qui, ร  lโ€™aide de son micro ร  paillettes et dโ€™une chouette bleue, rรฉussit ร  percer la carapace dโ€™un pianiste รฉcorchรฉ par la vie.
Et puis, Matthieu ร  lโ€™origine est auteur de thriller, et cโ€™est donc avec une facilitรฉ qui coule comme le plus beau des accords, quโ€™il inclut dans cette histoire une enquรชte, liรฉe au personnage de Tihana. Jโ€™ai รฉtรฉ surprise de lโ€™issue !
Cโ€™est compliquรฉ de parler de cette histoire sans vous spoiler, alors je me tais et je vous laisse avec une citation : ยซ La mรฉlancolie chevillรฉe au corps, je dompte ma douleur, musรจle mes jeunes annรฉes, et jette mon dรฉvolu sur des accords cristallins pour repeindre ses tรฉnรจbres en espรฉrant quโ€™un jour, je parvienne ร  vivre avec ce poids au fond de moi. ยป

Membre
Aurรฉlie TOIRE
4 annรฉes il y a

Gros coup de cล“ur pour Serghey de Matthieu Biasotto

Une douce mรฉlodie qui nous happe de plein fouet โค๏ธ

Serghey est juste รฉpoustouflant tant l’รฉmotion dรฉgagรฉe par les mots de l’auteur nous prend aux tripes. L’histoire est captivante. Serghey et Tihanna ont tout les deux de grosses fรชlures mais ils sont tellement tellement touchants . Et que dire de la petite fรฉe qui met tant de paillettes dans nos yeux .

Je recommande Serghey ร  200%!! Un grand merci ร  toi Matthieu pour m’avoir fait voyager.

Et puis cette couverture on en parle ?!

Invitรฉ
4 annรฉes il y a

Bonjour, pour รชtre honnรชte avec vous j’ignore pour qu’elle raison j’รฉcris ceci.
Je suis tombรฉ par hasard sur cette histoire qui m’a attirรฉ l’attention, j’ai lu votre histoire sans m’arrรชter… jusqu’au bout chaque formule, chaque, phrase, chaque mot utiliser m’ont obligรฉ ร  continuer la lecture. Cette histoire est magnifiquement รฉcrite, rรฉaliste avec un zeste de doute et de peur qui rappelle constamment la vie rรฉelle. J’ai adorรฉ cette histoire, je suis une jeune lectrice, mais lorsque une histoire me passionne autant je ne peux m’arrรชter.
Je suis blessรฉe et immobilisรฉe depuis quelques temps maintenant et ce qui m’a poussรฉ vers la lecture (qui m’attire depuis longtemps, mais j’ai jamais pris le temps, lร  je l’ai). Voilร  une partie de la raison pour laquelle cette histoire ma autant touchรฉ je n’ai pas de Tihana en vue mais cette espoir et envie qui peux renaรฎtre dans les sentiments de quelqu’un, me donne envie d’y croire. Alors merci pour magnifique histoire, cette petite รฉvasion du quotidien de la routine. Merci pour ces fictifs et rรฉel a la fois. Bonne continuation, une lectrice en attente de nouvelles histoires si bien รฉcrites.
Mariem

N'hรฉsite pas ร  m'aider dรจs maintenant ร  construire le monde de demain : me soutenir โค๏ธ

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