Les Mots Qui Blessent
Gianni
Dans ce rรดle que je connais trop bien, celui du parfait salaud, je reste plantรฉ lร , immobile, ร la regarder. Lโair entre nous est lourd, saturรฉ de tout ce quโon ne dit pas. Giulia, debout face ร moi, me transperce de ce regard dur, forgรฉ par la douleur. Ses cheveux en dรฉsordre tombent sur ses รฉpaules, comme aprรจs une tempรชte, une tempรชte qui, je le sais, nโest pas complรจtement derriรจre nous. Mais ce nโest pas la tempรชte en elle qui mโeffraie. Non, cโest ce quโelle rรฉveille en moi.
Une colรจre sourde monte, une rage que je tente dโรฉtouffer. On dirait que Giulia voit tout, chaque faille, chaque peur. Et cโest รงa qui me dรฉtruit, cette vulnรฉrabilitรฉ exposรฉe. Je me sens mis ร nu, comme autrefois, avec Isabella. La mรชme trahison revient me hanter, ce souvenir amer qui mโรฉtouffe ร chaque fois que je baisse ma garde.
Giulia ne bouge pas. Ses yeux, dโun noisette profond, me fixent, emplis de souffrance et de frustration. Et je sens mon masque se fissurer sous son regard. Puis viennent les mots que jโattendais, ceux que jโavais redoutรฉs :
โ Je ne suis quโun pionย ? Nโattends plus rien de moi. Tu es exactement ce que je pensaisโฆ un Rossi sans cลur.
Ses paroles frappent fort, comme des coups de couteau. Je savais que รงa arriverait, je lโai poussรฉe jusquโร ce point. Parce que je ne peux pas espรฉrer, je ne peux plus me permettre de mโeffondrer encore une fois.
Je serre les poings, luttant contre cette vague de rage qui monte en moi. Une rage qui nโest pas dirigรฉe contre elle, mais contre moi-mรชme. Les cicatrices dโIsabella, cette trahison qui mโa brisรฉ, sont encore lร , ouvertes. Je tente de garder mon calme, de maintenir ce masque glacรฉ.
โ Giuliaโฆ tu ne comprends pasโฆ
Les mots restent coincรฉs dans ma gorge. Trop lourds. Trop dangereux. Son regard, devenu mรฉprisant, me fige sur place. Je me sens comme ce gamin impuissant, incapable de lutter contre lโabandon.
Elle recule, doucement, chaque pas rรฉsonnant en moi comme un coup de plus. Et je la laisse faire, encore une fois, impuissant, bloquรฉ derriรจre cette muraille que jโai รฉrigรฉe. Mais je sais que cโest un mensonge, un mensonge qui me ronge.
Les pรชcheurs, dans leur coin, nous observent, tรฉmoins silencieux de ma dรฉfaite. Leurs jugements sont invisibles, mais je les sens peser sur moi. ร quoi bon les affronter ? Ils ne sont que spectateurs de ma propre chute.
โ Au contraire, je comprends trรจs bien. Tโes douรฉ pour jouer les hรฉros quand personne ne te regardeโฆ
Son regard brรปle de colรจre et de dรฉception. Chaque mot quโelle prononce me transperce.
โ Mais dรจs quโil sโagit dโaffronter la rรฉalitรฉโฆ tu te rรฉtractes comme un lรขche.
Je sens mon masque craquer un peu plus. Je croise les bras, essayant dรฉsespรฉrรฉment de conserver cette faรงade froide.
โ Et toi, tu es douรฉe pour les leรงons de morale, Giulia. Je tโai sauvรฉe, non ? Quโest-ce que tu veux de plus ?
Elle ne dit rien, et je me noie dans ce silence. Ses yeux, dโhabitude si vifs, sont maintenant emplis de douleur. Je pourrais tendre la main, la toucher, apaiser cette distance. Mais je ne bouge pas.
Il y a cette tempรชte en moi, ce conflit que je ne maรฎtrise plus. Mes doigts se crispent, cherchant ร briser cette barriรจre que jโai construite pour me protรฉger, pour ne plus souffrir comme avec Isabella. Mais est-ce vraiment une protection, ou juste une prisonย ? Elle brise enfin le silence, sa voix est douce, teintรฉe dโun reste dโespoir :
โ Je pensais… je pensais que cette nuit avait changรฉ quelque chose.
Ses mots flottent entre nous, fragiles et naรฏfs, sur le point de se briser sous le poids de la rรฉalitรฉ. Une vague dรฉfensive monte en moi, froide et implacable.
โ Giulia, tu te fais des idรฉes. Cโรฉtait juste une nuit pour รฉchapper ร la tempรชte.
Je sens le mensonge sortir, amer, mais plus facile ร avaler que la peur dโune nouvelle trahison. Son visage se ferme, une fissure sโรฉlargit dans ses yeux. Une blessure que je nโavais pas voulu infliger, mais qui est lร , pourtant.
โ Juste une nuit ? Trรจs bien, je voisโฆ
Je dรฉtourne le regard. Affronter cette dรฉtresse dans ses yeux est trop dur. La chaleur de la culpabilitรฉ monte en moi, je sens mes joues chauffer, brรปler. La vรฉritรฉ est lร , devant moi, mais je nโose pas la saisir.
โ รcoute, c’est compliquรฉ.
Son soupir lourd de rรฉsignation emporte avec lui un fragment de ce lien fragile que nous avions commencรฉ ร construire. La distance entre nous sโagrandit, mรชme si elle est encore lร , tout prรจs, ร portรฉe de main. Mais je ne bouge pas.
โ Peut-รชtre que ce nโest pas si compliquรฉ. Peut-รชtre que tu te compliques la vie pour rien.
Ses mots frappent comme un coup de vent glacรฉ sur un bateau perdu en mer. Une part de moi sait quโelle a raison, mais lโautre, celle qui refuse dโadmettre la vรฉritรฉ, lutte pour garder le contrรดle. Mon cลur pรจse une tonne, je me perds dans ce combat intรฉrieur.
โ Et toi, tu tโattends ร quoi ?
Son regard se voile de tristesse, et je sens une lame invisible me transpercer. Pourquoi est-ce si facile de blesser ceux quโon aime ?
โ De toi, je nโattends plus rien.
Dans ses yeux, la lumiรจre vacille. Elle lit en moi comme dans un livre.
โ Tu prรฉfรจres ta petite forteresse. Tu te protรจges de tout, surtout de toi-mรชme.
Ses mots me frappent en plein cลur. Jโai envie de la rassurer, de lui dire quโelle compte, quโelle est bien plus que ce que je laisse paraรฎtre. Mais je suis prisonnier de mes peurs, et mes bras restent immobiles. Le silence retombe, pesant, oppressant. Mais le sarcasme, mon ultime dรฉfense, jaillit par rรฉflexe avant que je ne puisse le retenir.
โ Dรฉcidรฉment, tu es aussi bonne navigatrice que psychologue.
Son regard me foudroie, et ร cet instant, je comprends que jโai dรฉpassรฉ les limites. Ses yeux brisรฉs, lโรฉclat des larmes quโelle retient… Cโest insupportable.
โ Va te faire foutre.
๐๐ธUn roman comme cadeau, รงa ne se fane jamais. Pense ร offrir cette histoire ร ceux que tu aimes.

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